Mes contes de Perrault | Tahar Ben Jelloun

J’ai pris la liberté d’orientaliser ces contes, c’est-à-dire d’y mêler des épices et des couleurs issues d’autres pays, d’autres imaginaires. Et si j’ai choisi de les situer dans des pays arabes et musulmans, c’est aussi parce qu’il est temps de dire ces pays autrement que sous le signe du drame et de la tragédie, autrement que dans un contexte de fanatisme, de terrorisme et d’amalgame. Ce qui n’exclut pas, bien entendu, la critique de la société et la mise à l’index de ses incohérences et de ses hypocrisies. [Avant-propos, p. 9]
TAHAR BEN JELLOUN propose une intéressante réécriture* des contes de Perrault, à la fois une orientalisation et une modernisation, une façon de montrer au lecteur ce que ces textes peuvent encore nous dire. La petite à la burqa rouge en est un exemple assez représentatif, bien que peu subtil : l’histoire du petit chaperon rouge est transposée à une « époque où des hommes barbus, vêtus de tuniques noires, armés de sabres et de fusils, faisaient la loi » [La petite à la burqa rouge, p. 49]. Par des figures contemporaines, Tahar Ben Jelloun interprète les contes de Perrault, explicite la métaphore du loup qui menace la jeune fille et présente le petit Poucet comme un « enfant différent », moqué mais qui saura sauver ses frères grâce à une autre approche du monde.

D’autres contes sont abordés de façon plus légère, tout au plus « ornés » différemment, le « squelette » du conte initial étant conservé, comme Barbe-Bleue ou Les Fées. La narration en est agréable, l’originalité moindre. Le parti pris est plus marqué dans le dernier conte, Les souhaits inutiles. Tahar Ben Jelloun s’y investit davantage, m’a-t-il semblé, conservant l’humour de la situation et apportant une bonne part de sagesse, qui caractérise l’ensemble des textes. En effet, bien qu’il annonce n’avoir pas conservé la morale finale de Perrault, à laquelle notre époque se prête mal, il m’a paru presque plus moralisateur que son aïeul par les réflexions intégrées au cœur des contes. L’une d’elles sert presque de fil rouge, comme un avertissement traversant les âges et un écho à La belle et la bête : méfions-nous des apparences, « la beauté et la bonté, comme la méchanceté et la laideur, ne vont pas toujours de pair. » [Petit Poucet, p. 171]

Une réécriture contée intéressante et plaisante dans l'ensemble.

* NOTE : dans ce domaine, je recommande particulièrement les ouvrages de Myriam Mallié, qui travaille davantage en profondeur et en véritable conteuse.

Perrault selon Jelloun - Points

Mes contes de Perrault de Tahar Ben Jelloun

Points (Paris), 2015

1re publication (Seuil) : 2014 (2004 pour La Belle au bois dormant)

12 commentaires:

  1. Il est dans ma PAL celui-là ;) J'avoue qu'il m'intrigue ! Ton billet renforce mon intérêt :)

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    1. C'est vrai qu'il est intriguant au premier abord, j'ai tout de suite été intéressée par le projet. J'attends de savoir ce que tu en penseras. :)

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  2. J'ignorais cette réécriture des contes par Tahar Ben Jelloun, je suis curieuse de les lire.

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    1. Une trouvaille du rayon contes de la Lison. Il devrait se trouver facilement.

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  3. Je sens comme une petite réticence...
    Mais comparer Tahar Ben Jelloun et Myriam Mallié, c'est pas du jeu. Ils n'évoluent pas dans la même cour de récré ;)

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    1. Tu as bien perçu la petite réticence, j'ai passé un bon moment, mais à la réflexion, c'est un peu facile tout de même.
      Il est vrai que n'est pas Myriam Mallié qui veut, je tenais tout de même à rappeler son nom en passant, moins connu. ;)

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  4. A voir la note je sens tes bémols ! Oooh mais quand même, c'est une trouvaille à la Lison ;-)

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    1. Oui, j'ai trouvé la réécriture un peu "facile" parfois, mais ça reste un joli souvenir de la Lison, un lien avec cette librairie et ce passage à Lille. ;)

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  5. J'ai aussi prévu de lire ce livre...

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    1. Je suis curieuse de ce que tu en penseras.

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  6. Ha Mina9/11/16

    De cet auteur je connais Partir, qui aborde une thématique bien d'actualité. Un récit plutôt réaliste, "métaphorique" aussi je dirais, et qui laisse sa place à l'imagination. L'avez-vous lu ?

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    1. Non, je ne l'ai pas lu, c'est un auteur que je connais assez peu. Partir semble très intéressant, merci pour le conseil.

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