Les Onze | Pierre Michon

– Tu sais peindre les dieux et les héros, citoyen peintre ? C'est une assemblée de héros que nous te demandons. Peins-les comme des dieux ou des monstres, ou même comme des hommes, si le cœur t'en dit. Peins Le Grand Comité de l'an II. Le Comité de salut public. Fais-en ce que tu veux : des saints, des tyrans, des larrons, des princes. Mais mets-les tous ensemble, en bonne séance fraternelle, comme des frères. [p. 89]
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC, ce sont les Onze, onze hommes de la Terreur – Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André – peints par François-Élie Corentin. À partir de ce tableau fictif, Pierre Michon déploie son roman-ekphrasis, décrivant et commentant surtout. Il interprète, cherche à dévoiler le sens profond de l’œuvre, tout en abordant les modalités de son existence : qui l'a commandée, pourquoi, qui étaient ces hommes, qui était le peintre et qu'a-t-il représenté, au-delà de l'image immédiate ? Pour ce faire, il alterne l'évocation de l'enfance de Corentin (peintre également fictif), son origine familiale, et la description du tableau, puis l'interprétation qu'il en fait et les circonstances de la commande. Il mêle faits historiques et fictions, interprétations personnelles pour dégager deux pistes intéressantes : la représentation du père et celle de l'Histoire.

En accord avec le sujet choisi, l'écriture est très visuelle, procède par « scènes », notamment dans la narration de l'enfance ou de la commande, inspirée à Michelet (et à Michon) par un tableau de Géricault. Le lecteur se sent véritablement face à un tableau et au Louvre, comme celui interpellé par le narrateur de temps à autre. En raison de ces appels et surtout de l'érudition déployée, le roman m'a malheureusement semblé bavard et lourd par moments ; l'érudition renforcée par l'écriture soutenue, exigeante en attention et les longues phrases est écrasante. À trop vouloir expliquer, Pierre Michon alourdit son texte, qui ne manque pourtant pas d'intérêt.
Comme je voudrais le voir vraiment et me taire, m'absorber dans ce que je vois, au lieu de vous casser les oreilles avec mes théories approximatives. Je suis à moi seul une notice plus assommante que toutes celles de l'anti-chambre au Louvre. [p. 69 ; ndlr : de l'art de donner le bâton pour se faire battre]

Les Onze - Folio

Les Onze de Pierre Michon

Gallimard (Paris), coll. Folio, 2011

1re publication (Verdier) : 2009

10 commentaires:

  1. Lu, et je suis allée vérifier : ce tableau est de pure imagination...

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    1. J'ai été vérifier à mon retour de vacances aussi, j'y avais vraiment cru pendant la lecture.

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  2. Je ne pense jamais avoir lu de roman-ekphrasis... J'en apprend tous les jours grâce à toi !

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    1. Eh bien tant mieux ! Je ne sais pas s'il s'agit vraiment d'un genre "institué", mais c'est la façon dont je l'ai perçu.

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  3. Je suis désolée que le roman t'ait semblé lourd par moments ! Le style de Michon vaut tout de même son pesant de cacahuètes, non ?

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    1. Ne te sens pas désolée, je l'étais d'autant plus de ne pas apprécier autant que je l'aurais voulu. Je pense que je lirai encore l'auteur, son style vaut son pesant de cacahuètes (un peu trop de cacahuètes à mon goût pour cette fois).

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  4. Marilyne4/6/16

    Ah dommage, le sujet et la façon de le traiter m'emballaient en te lisant, avant la fin du billet; cette lecture me rappelle la BD de Yslaire " Le ciel au-dessus du Louvre ".

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    1. Peut-être à voir en le feuilletant, si le style ne te semble pas trop lourd. Le sujet et le traitement sont intéressants ; il aurait pu figurer dans la collection du Louvre.

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  5. Je ne sais pourquoi mon commentaire n'est pas passé - ou dans les spams ?

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    1. Blogger a dû bugger, rien dans les spams, désolée :(

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