La nouvelle espérance | Anna de Noailles

ANNA DE NOAILLES relate dans ce premier roman quelques années de la vie d’une femme de son époque, le début du XXe siècle, dans un milieu aristocratique. Ces quelques mots posés, on imagine tout à fait l’oisiveté de Sabine de Fontenay, sa jeunesse dorée, puis son mariage avec un homme de sa condition, leur vie en société également racontée par Proust. Ce n’est néanmoins pas cet aspect social qui retient l’attention de l’auteur, plutôt l’intériorité féminine : sont narrés les tourments de la jeune femme, sa grande sensibilité, son ennui ou encore sa soif d’aimer. Sur le modèle de madame Bovary, madame de Fontenay a été une lectrice de romans sentimentaux, qui ont influé sur sa conception de la vie et de l’amour. Elle imagine ne pouvoir atteindre le bonheur que par ce dernier.
Maintenant la grande stupeur de Sabine était que ce fût celui-là qu’elle aimait. Elle n’avait point ressenti pour lui ce rude appel du destin, qui, comme elle le lisait dans les livres, menait sûrement les êtres l’un vers l’autre ; elle [le] connaissait, elle avait parlé avec lui, presque vécu avec lui, sans que rien de lui l’intéressât ou l’attirât, et même après, quand il avait commencé de lui plaire, cela avait été sans trouble et sans excès. [p. 93]
Tout le roman n’est que cette « nouvelle espérance », celle d’un bonheur amoureux, tandis que s’étiolent une à une ses illusions. Ce cheminement est raconté avec finesse par Anna de Noailles, à l’attention d’un lecteur attentif aux petits signes, aux variations d’humeur, et à la subtilité des changements.

Ces signes de la sensibilité de Sabine de Fontenay et, partant, d’Anna de Noailles sont notamment liés à la nature, aux atmosphères : les saisons sont très marquées tout au long de la narration, par exemple, elles rythment les activités sociales et les battements du cœur amoureux. Cela rend la narration délicate et pudique, reportant les sentiments sur les éléments extérieurs, par exemple dans ce début révélateur :
Le matin était sec et craquant de froid. L’air glacé et contracté semblait souffrir, comme portant en soi de l’oppression, une fêlure. Le silence occupait les allées, s’y tenait mystérieusement ; il n’était pas l’absence de bruit, il était quelque chose lui-même. [p. 31]
À ce début, vient répondre une fin qui renforce l’idée du cycle (des saisons, des jours, des heures), qui gouverne l’intrigue : une alternance d’enthousiasmes et de mélancolie, de désillusions successives.
Le premier coup de minuit sonne. [p. 261]

Un roman sentimental fin et délicat.

Anna de Noailles - Livre de poche

La nouvelle espérance d’Anna de Noailles, édité par François Raviez

Le Livre de poche (Paris), 2015

1re publication : 1903

3 commentaires:

  1. Ah l'espérance d’un bonheur amoureux, c'est parfois trop...

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  2. A découvrir, je ne connais pas sa prose et les extraits que tu as choisis donnent envie de la lire.

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    1. Tant mieux. J'apprécie toutes ces rééditions en format poche de classiques moins connus et souvent féminins.

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