Cyrano de Bergerac | Edmond Rostand

Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce ?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui peut se confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer ;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le cœur,
Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme !
[p. 111]
COMME BEAUCOUP, je connaissais la fameuse tirade du nez de Cyrano de Bergerac ; comme quelques-uns, j'avais lu le joli passage du baiser, mais jamais la pièce entière d'Edmond de Rostand. Il m'a fallu le visiter en sa ville pour m'y décider enfin et apprécier cette « comédie héroïque en cinq actes et en vers ».

Statue Cyrano de Bergerac
Dès les premières lignes, j'ai été frappée par le rythme de la pièce, l'animation qui y règne. Pour ne citer que le premier acte, le théâtre est un lieu où se croisent joueurs, bretteurs, séducteurs, vendeuses et bourgeois, sans compter les acteurs et les spectateurs fortunés sur la scène. Tout ce beau monde s'interpelle, s'exclame et fait se croiser les conversations en une belle cacophonie, très bien rendue à l'écrit et qui doit être grandiose en représentation. Chaque scène d'ouverture d'un acte et chaque scène de groupe utilise cette technique, à divers degrés, et crée une ambiance tout à fait particulière.

Dans cette cacophonie populaire, se dégage bien sûr Cyrano de Bergerac, qui fait taire tout et tous par un bon mot. Sans en avoir été admiratrice par la seule tirade du nez (insupportable par sa reprise scolaire), j'ai été impressionnée par la verve de ce personnage tout au long de la pièce, sachant se tirer de toute situation, envoyer piques comme déclarations d'amour.
Oui, la pointe, le mot !
Et je voudrais mourir, un soir, sous un ciel rose,
En faisant un bon mot, pour une belle cause !
- Oh ! frappé par la seule arme noble qui soit,
Et par un ennemi qu'on sait digne de soi,
Sur un gazon de gloire et loin d'un lit de fièvres,
Tomber la pointe au cœur en même temps qu'aux lèvres !
[p. 133]
De même, en connaissant déjà la fierté légendaire du personnage, j'ai apprécié la façon dont elle était déployée, non uniquement en vantardises guerrières ou vexations quant à son nez. La fierté de Cyrano l'amène aussi à refuser tout mécénat et les concessions qui l'accompagnent (retouche de son texte et courtisanerie), ainsi qu'à déclarer son amour, par crainte d'un refus qu'il devine. En cela, il m'a rappelé le misanthrope de Molière, en quête d'un idéal et refusant toute nuance. Face à tout autre choix, il fait celui de la liberté, dédaignant célébrité, sociabilité (de façade), amour et, pourrait-on se demander, bonheur ? Rien ne pouvant exister sans mélange et concessions, y compris l'amour, lorsqu'il est partagé et qu'y intervient un autre que soi, Cyrano fait le choix de l'absolu « pur », mais solitaire.

Une pièce que j'espère à présent voir sur scène un jour.

NOTE : pour ceux qui s’intéresseraient au « vrai » Cyrano de Bergerac, il a aussi écrit, notamment des Lettres d’amour et d’humeur rééditées chez Librio.

Edmond Rostand - Librio

Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand

Librio (Paris), 2008

1re représentation : 1897

8 commentaires:

  1. J'ai lu ce texte lorsque j'étais en 6ème, j'avais adoré... Le film avec Gérard Depardieu est très bien aussi.

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    1. Je crois que j'avais dû réciter ou étudier la tirade du nez dans ces années-là ou plus tard, mais pas du tout apprécié le texte (ni l'exercice de déclamation). Je retiens le film, en attendant une représentation théâtrale, merci.

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  2. Lecture de jeunesse, pièce lue et relue (mais qui m'en a donné le goût, je ne m'en souviens absolument pas), j'ai vu la pièce à la télé (avec Jacques Weber en Cyrano) et le film de Jean-Paul Rappeneau évidemment (où Weber joue de Guiche). Un grand héros de ma jeunesse, Cyrano ! ;-)

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    1. Je retiens les références télé, si je tombe dessus. Ca se confirme, je l'ai raté dans ma jeunesse, ce héros. ;)

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  3. Ahhh, Cyrano de Bergerac : sans doute ma pièce préférée (avec Antigone, dans un autre genre). Quelle merveille ! Je ne manque pas de le faire étudier à mes 4e, celle-là ! L'interprétation de Depardieu dans le film de Rappeneau est merveilleuse aussi. L'as-tu vu ?
    "Et à la fin de l'envoi, je touche !"

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    1. Je n'ai pas vu le film, j'ai découvert la pièce avec cette lecture, je n'en savais rien hormis quelques citations. J'ai trouvé un extrait du film avec Depardieu, je ne sais pas si ça me plairait sur la longueur, à voir donc. :)

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  4. J'avais lu cette pièce en 6ème, j'avais adoré ! J'avais du jouer une scène aussi en duo avec une amie (nous nous étions bien pris la tête à le retenir par coeur :p ).
    Et le film de Rappeneau est vraiment bien :) Tu me donnes envie de le relire !!!

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    1. Je vois que je suis une des rares à ne pas l'avoir lue et à ne pas avoir aimé la jouer alors. J'imagine la difficulté de mémorisation, on n'a plus l'habitude de telles tirades en vers (mais quelle verve !)

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