Les derniers planteurs de fumée | Guy Goffette

Avant, je rêvais de partir pour partir et revenais toujours. Je pars sans bouger à présent, et il n’y a pas de retour. On ne part pas, écrivait Rimbaud, ce qui pourrait s’entendre aussi par : on ne cesse de partir, et les vrais voyages ne sont pas ceux qu’on croit. [Partance, p. 26]
À PARTIR DU VERS DE RIMBAUD, Guy Goffette a écrit une série de récits autour de ce thème du (non-)départ : des voyages immobiles, des exils et des retours, des errances à travers les frontières. Il semblerait que l’enfant savait profiter de ces rêveries, voyant en son grand-père un chef indien au milieu de ses champs de tabac ou s’évadant par le pouvoir de l’imagination lors des jours de pluie. L’adulte retrouvera cette attitude avec Partance, une caravane échouée au fond du jardin, qui l’emmènera pourtant très loin ; mais avant de retrouver cette attitude de l’enfant, combien de départs, de rêves poursuivis ailleurs ?
C’est ainsi que nous nous rencontrâmes, elle et moi, dans cet accablement où nous sombrions peu à peu, aboyant à la lune ; elle, souffrant d’être attachée au piquet dans un paysage immobile ; moi, d’être parti tant de fois pour revenir toujours au même endroit, à cette mer indéracinable au fond du jardin, si différente des mers que j’avais vues, et qui me parle comme personne, m’engageant sur des chemins qui n’ont pas où aller. [Partance, p. 14]
Outre un éloge de l’imagination et des livres comme autant de moyens de voyages immobiles, on ressent dans ces textes tout l’attachement de Guy Goffette à l’Ardenne, sa région natale, et dans le même temps toute l’amertume de ne savoir s’en détacher. L’allusion aux voyages semble entachée par la nostalgie, par un goût d’« à quoi bon partir pour toujours revenir ? » L’ensemble des récits est également très poétique, nourri d’images métaphoriques et rythmé. En cela, en prose comme en vers, le voyageur Goffette reste indéniablement poète.
Que répondre ? sinon que naître dans une île perde vous donne pour toujours le goût de la mer, naître sur trois frontières, à jamais le plaisir de sauter les barrières, de transgresser les interdits, les codes, les lois de papier. [Portrait de l’artiste en Belge errant, p. 106]

Les derniers planteurs - Folio

Les derniers planteurs de fumée de Guy Goffette, récits extraits de Partance et autres lieux

Gallimard (Paris), coll. Folio 2€, 2011

1re publication de Partance et autres lieux : 1996

* Le mois belge d’Anne et Mina *

14 commentaires:

  1. C'est curieux ! je ne suis pas sensible, d'une manière générale, à la prose poétique. Alors que la poésie me transporte.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les mystères de la littérature et de la sensibilité ?

      Supprimer
  2. J'aime beaucoup l'écriture de Guy Goffette et pourtant je n'ai lu qu'un roman de lui jusqu'à présent et aucun de ces petits livres de prose poétique comme celui-ci ou ceux sur Verlaine. C'est bien de nous donner encore plus le goût de partager cette lecture commune dans quelques jours.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Quel roman as-tu lu ? Ce ne seront que des relectures pour moi ce mois-ci ; j'aurai peut-être d'autres idées grâce au club de lecture, qui m'a incitée à relire ce texte-ci. J'espère que la lecture commune aura un beau succès.

      Supprimer
    2. J'ai lu "Geronimo a mal au dos" (le dernier de sa série un peu autobiographique sur son enfance ardennaise). Pour la LC, la miss a choisi "Elle, par bonheur, et toujours nue".

      Supprimer
    3. C'est un de ceux dont le titre me "parle" le moins, Nadege me convaincra peut-être pendant le club. En revanche, la miss a bon goût pour le titre de ta prochaine lecture.

      Supprimer
  3. Je l'aime, cet homme là ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je crois que tu n'es pas la seule. :) Quels livres as-tu lus de lui ? L'as-tu déjà rencontré ?

      Supprimer
  4. J'avais tourné autour de ce livre pour un des mois belges (l'an dernier sûrement) mais n'avais pas réussi à me décider. Je pense quand même plutôt découvrir cet auteur avec un roman même si ton billet est tentant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Quel roman as-tu en vue ? Je l'ai peu lu dans ce genre-là, je le ferai peut-être après (je suis dans les relectures ce mois-ci).

      Supprimer
    2. Aucun en particulier et c'est bien pour cela que je n'ai toujours rien lu de Goffette, incapable que je suis de me décider.

      Supprimer
    3. Au hasard ? Ou en fonction de la disponibilité à la bibliothèque ? J'ai aussi lu Une enfance lingère, sur son enfance, et on m'a conseillé Un été autour du cou. Je pourrai peut-être t'en dire plus après le club de lecture, en fonction des livres choisis.

      Supprimer
  5. J'aime beaucoup cette idée de variations sur le voyage immobile, qui est sans doute celui que j'affectionne le plus !
    Pour l'heure, je ne connais pas Guy Goffette mais j'ai loué un de ces ouvrages pour la journée qui lui est consacrée durant le mois belge. J'espère bien être en temps et en heure !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'espère quant à moi que tu apprécieras ta découverte de l'auteur. Je suis curieuse de ton choix pour la LC, j'en ai encore beaucoup à lire.

      Supprimer

NOTE : tous les commentaires sont les bienvenus et modérés avant publication. Il est plus sympathique de savoir à qui l'on écrit, plutôt qu'à un "anonyme" ; je vous invite donc à utiliser la fonction "Nom/URL" pour indiquer votre nom ou pseudonyme si vous n'avez pas de compte pour vous identifier (la case de l'URL est facultative).