Le temps des noyaux | Aurélien Dony & Claude Raucy

Il s’assit sur la pierre qui tant de fois l’avait recueilli. Les eaux de la rivière ne s’émurent pas de ses sanglots. La forêt chantait dans une après-midi claire. Après le temps des cerises venait le temps des noyaux. [p. 80]
APRÈS LE TEMPS DES CERISES, Claude Raucy s’est associé à Aurélien Dony pour écrire Le temps des noyaux. Ce temps amer et dur est celui de la guerre, plus précisément celle de 14-18 qui a privé le jeune Julien de son frère aîné, mort, et de son père, déporté dans un camp de travail. Il est désormais le seul homme de la ferme, chargé d’aider sa mère, au lieu de rêver et de courir les champs. La guerre a aussi marqué Franz, soldat allemand déserteur qui se réfugie dans la grange de cette famille. Contre toute attente, entre les deux hommes, naîtra une attirance forte et interdite.

Un tel sujet ne permet pas de qualifier le roman de léger, mais il m’a pourtant paru tel, restant assez en surface et plutôt doux. Sans que ce ne soit réalisé explicitement, par une narration à la première personne par exemple, le point de vue adopté est celui de Julien, et sa naïveté imprègne l’œuvre. Le lecteur partage ses doutes, sa honte, ainsi que ses rêveries, tandis que le personnage de Franz est laissé davantage à distance, s’exprimant de façon plus limitée en français dans les dialogues entre autres.
Le soleil s’attardait dans le ciel comme on s’attarde sur la grève, les jours d’été. Julien pouvait s’asseoir sans s’inquiéter du temps. Il se lova entre deux racines et croisa sur son corps frêle ses bras d’enfant. Grandirait-il jamais ? [p. 62]
Ce point de vue de Julien tient également la guerre à distance : certes, les Allemands sont présents, et Franz doit se cacher, mais les descriptions sont celles de la nature environnante, et on ne ressent pas véritablement la menace guerrière. Cela m’a un peu manqué, et je pense que cela aurait pu être apporté par ce deuxième personnage, par son regard marqué par les tranchées et moins naïf, m’a-t-il semblé.

Une jolie histoire sur fond de guerre.

Le temps des noyaux - MEO

Le temps des noyaux de Claude Raucy et Aurélien Dony

MEO (Bruxelles), 2016 – 1re publication

* LC avec Anne *
* SP reçu de l’éditeur *
* Le mois belge d’Anne et Mina *

4 commentaires:

  1. J'admire ta concision et ta précision, correspondant bien à la brièveté de ce roman. On va dire qque c'était un coup dans l'eau, cette lecture...

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    1. Merci pour le compliment en passant, même si j'aurais préféré une lecture plus dense à laquelle mon article correspondrait mal ; un coup dans l'eau, en effet...

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  2. Les extraits que tu cites sont plutôt plaisants... La fadeur ou le manque de consistance se sent plutôt dans la longueur du récit, sans doute...Je crois imaginer ce que tu reproches au texte lorsque tu soulèves que la guerre reste trop en retrait : disons qu'au défaut de description, le style aurait pu/dû prendre le relai, non ?

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    1. Oui, c'est plaisant à lire, c'est sur la longueur que le manque de force se fait sentir. Sans rechercher une description de la guerre, j'aurais voulu qu'on la ressente davantage dans l'ambiance, dans une tension plus palpable ; qu'on la sente hanter davantage Franz aussi, que ce personnage prenne plus de consistance. Je l'ai dit à Anne, avec une belle et forte scène finale, je pense que j'aurais pu passer au-dessus de cette douceur, mais elle demeure et devient presque sirupeuse (sans en dire plus sur la fin).

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