More | Daniel Charneux

En somme, c’est parti d’un malentendu. […] Thomas More m’avait hélé à travers les siècles. Il ne restait qu’à l’accueillir, à l’écouter. Le germe du livre avait niché. Restait à l’arroser, à le nourrir, et je commençai immédiatement à bouquiner. [p. 13-15]
DANIEL CHARNEUX s’était vu proposer en 2013 de participer à une collection sur les vies de saints, par Geneviève Bergé. Le projet est tombé à l’eau avec la collection, mais le germe de l’ouvrage était déjà implanté dans son esprit, auquel Thomas More s’était imposé d’emblée. Finalement publié aux éditions MEO, cet essai-variations vient célébrer le 500e anniversaire de la publication de l’Utopie.

Sans prétendre à l’exhaustivité d’une biographie ou à une analyse approfondie de son œuvre, Daniel Charneux évoque More à travers différentes facettes : sa vie, dans ses faces sombres et lumineuses, son engagement religieux et politique, son amitié avec Érasme et d’autres humanistes, ainsi que l’Utopie, sa fiction la plus connue. Il est intéressant de découvrir More, à la fois en tant que saint, homme et auteur, en même temps que Daniel Charneux, au fil de ses recherches. Le propos est accessible, tour à tour exposé et analyse, historique et actualisé. Les idées de l’Utopie sont ainsi confrontées à notre société aussi bien qu’à celle de la Renaissance : comment elles auraient pu ou pourraient s’y déployer, ou en quoi elles s’opposent à nos valeurs.
À plusieurs reprises, au fil de ces pages, je me suis interrogé sur la nature même de mon livre. Narration ? Récit ? Essai ? […] Je préfère, somme toute, me contenter d’essai, en rendant au mot son sens d’origine, celui qu’il avait chez Montaigne. Oui, j’ai « essayé » d’évoquer un homme en le passant, comme dirait encore Montaigne, « à l’étamine » de ma sensibilité, de ma culture, de ma perception, des évènements qui agitaient mon temps. [p. 178]
Il est également intéressant de lire comment Daniel Charneux se met en scène en tant qu’auteur au travail. Il explique ainsi comment l’inspiration lui est venue pour ses ouvrages successifs et comment il progresse pour la rédaction de celui-ci : par sa propre introspection (son rapport aux saints, à la sainteté, à More), par des notes de lecture, des conversations avec une chercheuse, par un voyage à Londres, entre autres. Il exprime également ses doutes au fil de l’écriture : faut-il insérer telle partie à son ouvrage, de quel genre relèvera cet « essai », ces variations ?

L’ensemble est varié, sans paraître décousu pour autant, toujours tournant de « More et moi ». Il ne plaira pas à tout le monde, dit l’auteur, mais pourrait intéresser ceux qui souhaitent approcher More (les connaisseurs resteront peut-être sur leur faim, face à cette introduction) aussi bien que ceux qui apprécient Daniel Charneux et goûteront les anecdotes plus personnelles.

More - Charneux

More. Essai-variations de Daniel Charneux

MEO (Bruxelles), 2015 – 1re publication

* SP reçu de l’éditeur *

2 commentaires:

  1. Je suis vraiment contente de te lire et très intéressée par ta présentation de ce livre. Le fait que'un auteur entremêle le sujet visé et sa propre expérience d'écriture m'intéresse beaucoup (comme par exemple, sous forme de roman, dans "Rien ne s'oppose à la nuit" de Delphine de Vigan). Est-ce que ce livre est épais ? (question triviale) Et est-ce que c'est bien Thomas More qui fut contemporain d'Henry VIII et de Cromwell ? (vu dans une série télé anglaise il n'y a pas longtemps)

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    1. Je suis moi aussi contente de te lire ici et que tu sois intéressée. C'est bien le Thomas More dont la décapitation fut ordonnée par Henry VIII. Le livre fait à peu près 150 pages, c'est vraiment une introduction et More à travers le regard de Daniel Charneux. Initialement, le projet était d'aborder son rapport à la sainteté à travers Thomas More, je pense que certains passages pourraient t'intéresser de ce point de vue.
      (Pour De Vigan, je dois encore le lire, justement, tu viens de me donner un argument pour m'y lancer enfin)

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