Les charmes de Baden-Baden | G. de Nerval, J.-P. Klée & O. Larizza

AVEC LES CHARMES DE BADEN-BADEN, les éditions Andersen poursuivent leur collection d’évasion : des récits de voyage et guides touristiques combinés, pour faire visiter des villes par la littérature et donner envie de s’y rendre. Ce volume donne une double vision, historique et contemporaine, de Baden-Baden, à travers trois voyages : celui de Gérard de Nerval en 1838, et ceux de Jean-Paul Klée en 1986 et, avec Olivier Larizza, en 2012.

Que vous dirais-je, d’ailleurs, de ce bal, sinon que ce sont là d’heureux pays où l’on danse l’été pendant que les fenêtre sont ouvertes à la brise parfumée, que la lune luit sur le gazon et veloute au loin le flanc bleuâtre des collines, quand on peut s’en aller de temps en temps respirer sous les noires allées et qu’on voit les femmes parées garnir au loin les galeries et les balcons. [p. 27]
Gérard de Nerval fait le portrait de la ville thermale au début de son âge d’or, en pleine internationalisation depuis la fin du XVIIIe siècle : elle est le rendez-vous des aristocrates, notamment russes et anglais, et le « Saint-Cloud de Strasbourg » [p. 17]. La vie y est décrite comme douce, festive, presque artificielle, tant le cadre évoque un décor de théâtre, est trop beau pour être vrai.
Quelque plaisir que nous ayons à dépoétiser toutes choses, nous n’échapperons pas aux impressions du livre et du théâtre, et toute notre consolation sera de croire que nous n’avons ici que de la pastorale arrangée après coup, que le grand-duc de Bade est un habile directeur qui a machiné tout son pays dans le but d’une illusion scénique, et qui s’est formé, en outre, une population de comparses pour animer la ville et la contrée. [p. 30]
Dans ce récit, Gérard de Nerval semble chercher à étouffer son enthousiasme sous un ton journalistique, sans y parvenir et tomber sous le charme malgré lui de la ville. Il décrit un cadre champêtre et pastoral, qui sied bien à son romantisme ; presque une fête galante à la Watteau.

Fürsten Allee, Kaiser-Wilhem Allee, tout est riche & doux, musical & archaïque, vieux couples beiges dans les rues, reposoirs blancs à chaque pas, cariatides wagnériennes sous les balcons, escaliers ensevelis sous le lierre terrestre, bec-de-gaz comme jadis ; calèches lentes pour les touristes, grands hôtels-paquebots clairs dont la moindre mansarde coûte sûrement cinq cents balles… [p. 53]
Jean-Paul Klée semble lui aussi sous le charme de Baden-Baden, qui continue à attirer les touristes et s’adapte à ces voyageurs. Le récit se fait ici promenade, légèrement énumérative et instructive. Détails et anecdotes sont ainsi cités au fil des monuments, comme lors d’une visite guidée : l’intérêt de celle-ci – voir en écoutant – est malheureusement perdu à la lecture, et l’originalité n’y fait rien à mes yeux.

Enfin, Olivier Larizza livre quelques astuces et bonnes adresses au terme de l’ouvrage : C'est un peu maigre, néanmoins toujours bon à prendre avant un bref voyage et rédigé avec humour. En ce qui concerne les récits de voyage, ils peuvent constituer d’agréables « curiosités » pour les touristes, mais manqueront sans doute de consistance pour les amateurs de ce genre littéraire.

Evasion Baden-Baden - Andersen

Les charmes de Baden-Baden : Souvenirs de Baden de Gérard de Nerval, Un dimanche à Baden-Baden et Trois chroniques de Baden-Baden de Jean-Paul Klée, et Best-of pratique de Baden-Baden et préface d’Olivier Larizza

Andersen (Paris), coll. Évasion, 2015

* SP reçu de l’éditeur *

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