La femme à la veste verte | P'ou Song-ling

P’OU SONG-LING AIMAIT LES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, avec des revenants, des êtres hybrides et des évènements fantastiques. La tradition dit qu’il s’installait souvent au bord du chemin afin de s’en faire raconter par les passants et qu’il en faisait parfois des contes, recueillis sous le titre de Contes du Pavillon du Loisir. Ce contexte d’écriture particulier se ressent dans l’ouverture des textes : il n’y a pas du floutage géographique ou temporel, au contraire les noms des personnages sont cités, ainsi que la ville où ils vivent et, dans La quatorzième demoiselle Sin, l’époque pendant laquelle l’intrigue se déroule. Le cadre narratif se veut donc réaliste et « inspiré de faits réels ».

Le fantastique s’inscrit assez naturellement dans ce cadre réaliste, sans étonnement de la part des personnages : ils devinent facilement qu’ils ont affaire à des créatures surnaturelles, comme des fantômes ou des femmes se transformant en animaux, sans s’en inquiéter outre mesure, ou s’accommodent fort bien de pierres devenues par magie de l’or, qui viennent assurer leur fortune.
Elle portait une veste verte et une très longue jupe. Sa beauté était exquise. Devinant qu’elle n’était pas un être humain, il insista cependant auprès d’elle pour savoir dans quel lieu elle habitait. « Regarde-moi, lui répondit-elle, je ne dois avoir l’air d’un croquemitaine, ni d’une ogresse, pourquoi t’acharner à m’interroger ? » [La femme à la veste verte, p. 113]
Ces formes de surnaturel sont, à une exception près, toujours bienveillantes envers les protagonistes principaux. Les femmes, par exemple, sont séduites et se donnent à leurs amants, sans contrepartie maléfique telle qu’on peut en lire dans les récits fantastiques français du XIXe siècle. Peut-être pour cette raison, les contes m’ont paru manquer de piquant. Le mal se manifeste sous forme de revers de fortune, sans grande envergure. En revanche, j’ai jugé intéressante la façon dont les choses rentraient dans l’ordre en quelque sorte : les humains et les êtres surnaturels ne peuvent apparemment vivre ensemble bien longtemps, les intermèdes amoureux prennent toujours fin, et la réalité reprend ses droits.

Des contes fantastiques peut-être un peu trop sages à mon goût.

La femme à la veste verte - Folio

La femme à la veste verte. Contes extraordinaires du Pavillon du Loisir de P’ou Song-ling, traduits du chinois sous la direction d’Yves Hervouet

Gallimard (Paris), coll. Folio 2€, 2015

1re publication (Chine) : 1680
Traduction française (Unesco) : 1969

8 commentaires:

  1. Une littérature qui m'est plutôt inconnue. Moi qui compte doucement m'ouvrir vers la littérature étrangère... Ceci dit, si cela est trop sage, je pourrais être déçue...

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    1. Je m'aventure rarement vers ces contrées littéraires, je me demande si je ne l'ai pas fait qu'avec les contes pour la Chine. Peut-être ne te sembleront-ils pas aussi sages qu'à moi, j'ai lu des contes plutôt cruels dernièrement, alors le contraste est marqué avec ceux-ci.

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  2. Moui. Le côté trop sage me rebutent un peu également. Il semble que ça fasse partie des récits du temps jadis qui feraient mieux d'y rester (si ce n'est pour quelques universitaires qui aiment à déterrer des oeuvres qui ne l'appellent pas)

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    1. Ta parenthèse m'amuse. Je ne pense pas que ces contes méritent tant de sévérité pour autant, ils plaisent certainement à d'autres lecteurs et sont joliment racontés ; après une série de contes plutôt cruels, le contraste avec tant de vertu et de bienfaisance a été assez net et en défaveur de l'auteur pour moi.

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    2. Alors si tu me dis qu'ils ne méritent pas autant de sévérité, je tempère mon avis (mais je reste persuadée que les universitaires devraient parfois laisser certaines œuvres là où elles sont).
      Et j'en profite pour corriger l'ignoble faute qui s'était glissée ni vu ni connu je t'embrouille sous ma plume : "Le côté trop sage me rebute", donc. Enfin, tu l'auras compris :p

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    3. Je suis tout à fait d'accord avec toi, il y a des textes tombés dans l'oubli pour de bonnes raisons, quoi qu'en disent certains universitaires.

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  3. Une littérature qui m'est totalement étrangère aussi...

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    1. Comme je le disais à Moka, je crois que je ne connais cette littérature que par ses contes, et encore ; ça reste bien peu, mais je crains le dépaysement avec d'autres œuvres.

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