Dame Merveille

Une fois il était et une fois il n’était pas, ni dans le pays d’ici, ni dans le pays de là bas. [Le fou et le sage, p. 43]
CE QUI M’A FRAPPÉE D’EMBLÉE DANS CES CONTES ÉGYPTIENS, en particulier dans le premier, Dame Merveille, c’est leur cruauté : ce même conte est pour Praline Gay-Para « le plus fou, le plus drôle, le plus hard » [Avertissement, p. 10] qu’elle ait jamais lu. Le sang y gicle, au fil des mutilations, sous le regard impassible des dames et au désespoir des époux (qui ne se remarient pas moins pour autant). Le sang et les organes sont considérés comme des moyens de guérison, au mépris des vies sacrifiées.

En contrepartie, il y a aussi beaucoup d’humour dans ces contes, une forme d’autodérision envers la nature humaine : qu’importent les bienfaits qu’on lui accorde, elle ne s’en satisfait pas ou les gâche, comme dans Les trois vœux. La morale populaire est également mise en scène, sous forme d’une certaine débrouillardise, avec ses conséquences. Des scénettes sont aussi brièvement racontées, par exemple Le petit garçon et la mouche, et ne sont pas sans évoquer des blagues racontées entre amis.

Au-delà de l’originalité de certains contes, j’ai également apprécié reconnaître des motifs qui traversent les époques et les frontières : les trois vœux, par exemple, ou la vache d’or pur (qui prend la forme d’une ourse en Italie avec Giambattista Basile ou d’une peau d’âne en France). Il me semble intéressant de comparer la façon dont ces motifs sont exploités. Dans ces contes égyptiens populaires, nulle morale finale, plutôt un éclat de rire ; quelques traits merveilleux et de la magie pour faire des miracles ; enfin, des métaphores inhabituelles et joliment traduites par Praline Gay-Para.

Celle-ci a également joué des rythmes narratifs et des effets de répétition pour cadencer les contes. Si j’en crois ses notes, elle a réussi un bel équilibre entre traduction et adaptation : tout en conservant l’esprit des textes, elle en a retiré des éléments choquants aujourd’hui (racistes ou misogynes notamment), qui n’apportent rien d’essentiel au conte ; un beau travail de conteuse, très plaisant à lire.
Mon histoire est-elle douce ou amère ? Si vous l’avez trouvée douce, vous me devez une chanson et si vous l’avez trouvée amère, vous me devez une autre histoire. [Une vache d’or pur, p. 74]

Dame Merveille - Babel

Dame Merveille et autres contes d’Égypte, traduits de l’arabe et de l’anglais ou racontés par Praline Gay-Para

Actes Sud (Arles), collection Babel/Sindbad, 1998

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