Ce qui plaît aux dames | Voltaire

Ne m’accordez-vous pas la permission de donner au public pour le consoler, les contes à dormir debout dont vous nous régalâtes l’année passée ? ils faisaient les délices de notre famille ; et Jérôme Carré votre cousin issu de germain, faisait presque autant de cas de vos ouvrages que des siens : ils plairont sans doute à tout l’univers, c’est-à-dire, à une trentaine de lecteurs qui n’auront rien à faire. [Préface des contes de Guillaume Vadé, p. 46]
INSPIRÉ PAR LA FONTAINE, Voltaire a lui aussi écrit des contes dits « galants » et qu’on qualifierait aujourd’hui de « grivois » pour une partie d’entre eux. Il y met en scène le désir et l’amour, dans des historiettes plaisantes, tantôt humoristiques, tantôt plus sérieuses. Son inspiration puise à plusieurs sources, en détournant les codes d’autres genres littéraires : les contes de fées, la mythologie antique, et les nouvelles orientalisantes. On retrouve ainsi dans ses contes aussi bien des princesses arabes, des fées, des bergères que des dieux grecs. Les références à ces derniers sont assez nombreuses, mais sans être des obstacles à la compréhension et à l’appréciation des contes.

Les premiers contes, rassemblés en tant qu’écrits de jeunesse, illustrent bien cette diversité de ton et d’inspiration. Le crocheteur borgne et Cosi-Sancta, les deux seuls textes en prose, jouent chacun sur une expression populaire, la mettant en scène de façon malicieuse. Le cocuage personnifie ensuite des sentiments et comportements, dans une brève épître à une femme aimée. Enfin, Le cadenas reprend le grand classique du mari jaloux et l’invention de la ceinture de virginité aux enfers. Les derniers contes en vers détournent quant à eux la morale chrétienne, en raillant les dévots et les bégueules.

Entre ces premiers et derniers contes, sont regroupés ceux de Guillaume Vadé : Voltaire les a publiés sous ce nom en 1764, après les avoir fait circuler sous forme manuscrite autour de lui. Ils forment un ensemble assez cohérent, tout à fait dans l’esprit libertin que l’on connaît à Voltaire. Le divertissement y est au service de la réflexion et de l’esprit critique, comme l’amour déniaisant les jeunes gens (cette idée est mise en scène dans L’éducation d’un prince, notamment). En jouant sur le principe de la morale finale, Voltaire la raille par des conseils inattendus ou plus mondains que chrétiens. Dans Les trois manières, il laisse explicitement le lecteur juge et l’incite ainsi à la réflexion. De manière plus générale, les malheurs rencontrés par les personnages sont instructifs sans en avoir l’air et des historiettes en vers divertissantes ; un agréable moment de lecture, sans aucun doute.
Elle mêlait à ses narrations
Des sentiments et des réflexions,
Des traits d’esprit et de morale pure,
Qui sans couper le fil de l’aventure,
Faisaient penser l’auditeur attentif,
Et l’instruisaient, mais sans avoir l’air instructif.

[Ce qui plaît aux dames, p. 65]

Ce qui plaît aux dames - Babel

Ce qui plait aux dames et autres contes galants de Voltaire, édités par François Bessire

Actes Sud (Arles), coll. Babel, 2008

Rédaction : de 1715 à 1775

3 commentaires:

  1. Quel titre suggestif ;-)

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    1. N'est-ce pas ? ;-) C'est aussi une énigme dans le conte éponyme : le chevalier doit dire ce qui plaît le plus aux dames, mais avec des mots choisis et sans heurter leur sensibilité ; tout l'esprit du siècle au fond.

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  2. C'est encore une perle que je trouve ici. Je ne connais pas ce titre du tout, je n'en ai jamais entendu parler. Voltaire a beaucoup écrit, il faudrait donc que j'aille y voir de plus près. C'est sûr, en tout cas, je note ce titre !

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