Zoloé et ses deux acolytes | Marquis de Sade (?)

PUBLIÉ ANONYMEMENT EN 1800, Zoloé et ses deux acolytes divise encore quant à l’identité de son auteur. Vincent Berthelier semble approuver la thèse du marquis de Sade, grâce à plusieurs éléments thématiques et stylistiques, sans l’affirmer toutefois avec certitude. Les modèles des personnages de ce roman à clés semblent quant à eux plus certains : s’y côtoient Orsec (le corse Napoléon Bonaparte), sa future épouse Zoloé (Joséphine de Beauharnais) et ses deux acolytes Lauréda (Theresa Cabarrus) et Volsange (Mme Visconti), accompagnées pour leurs débauches, notamment, de Fessinot (Jean-Lambert Tallien) et Sabar (Paul Barras). Les aventures successives y sont celles de la jeune impératrice, plutôt dissipée avant son mariage présenté comme politique lors d’un bref dialogue.

Qu’on se rappelle que nous parlons en historien. Ce n’est pas notre faute si nos tableaux sont chargés des couleurs de l’immoralité, de la perfidie et de l’intrigue. Nous avons peint les hommes d’un siècle qui n’est plus. Puisse celui-ci en produire de meilleurs et prêter à nos pinceaux les charmes de la vertu ! [p. 123]
Contrairement à d’autres textes plus connus de Sade, celui-ci est plutôt joyeux : il y a bien quelques évènements cruels, comme une castration – un coup du sort –, mais la tonalité générale y est festive. Les soirées masquées au boudoir précèdent les bals, les calomnies et les duels, dans un cadre mondain caractéristique du XVIIIe siècle et du Directoire. L’humour est celui de la comédie, teinté de persiflage. L’érotisme est bien entendu présent dans de nombreuses scènes, mais l’écriture reste allusive, voire elliptique à ce sujet.
Inutilement essayerais-je de dépeindre les ravissements ineffables, les sensations que de savantes manœuvres surent multiplier. Les oreilles chastes ne sauraient entendre ces détails obscènes, et ma plume se refuse à les tracer ! [p. 62]

Dans l’ensemble, sans s’attendre à un roman sadien ou sadique, ce bref ouvrage se lit plaisamment, le sourire aux lèvres. Le style du XVIIIe siècle a fait mes délices, une nouvelle fois, avec son vocabulaire érotique et amoureux particulier, ses longues phrases et sa ponctuation très appuyée. Les péripéties se déroulent sans surprise, mais n’en amusent pas moins, tant les personnages que moi-même.

Un bref roman d’aventures érotiques, plaisant sans surprise.

Zoloé et ses deux acolytes

Zoloé et ses deux acolytes, attribué au marquis de Sade, préfacé par Vincent Berthelier

L’insomniaque (Montreuil), 2014

1re publication (anonyme) : 1800

2 commentaires:

  1. Je ne connais pas encore bien Sade mais le roman que j'avais lu - "Les infortunes de la vertu" - m'avait bien plu donc je compte poursuivre mon exploration de son oeuvre. Je note ce titre. Tu y parles de boudoirs et rien que le mot me séduit !

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    1. Tu devrais lire La philosophie dans le boudoir alors. ;) Zoloé et ses deux acolytes n'est peut-être pas de Sade, mais une lecture bien agréable, moins cruelle que Les infortunes de la vertu et avec une touche d'humour.

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