L'incendie du théâtre de Weimar | Jean-Yves Masson

Je jetai un dernier regard sur cette petite ville qui avait su rayonner sur le monde par les seules forces de la pensée, en dépit de tous les maux, de tous les désordres qui avaient accablé l’Allemagne et qui l’accablaient encore. J’y laissais un ami et quelques-uns de mes plus chers souvenirs. Là-bas, dans une de ces maisons, vivait l’un des vrais témoins de la splendeur de l’esprit, un homme comme il n’en naît pas deux par siècle, qui avait su attirer à lui, au fil des ans, d’autres veilleurs. Un homme dont la lumière, quels que soient les ténèbres et les orages de l’histoire à venir, ne pourra jamais être effacée. [p. 178]
AVEC L’INCENDIE DU THÉÂTRE DE WEIMAR, Jean-Yves Masson rend un bel hommage à Goethe et au foisonnement culturel qu’il a su développer autour de lui à Weimar. Cette dernière période de sa vie, notamment l’année 1835 pendant laquelle le théâtre de Weimar a brûlé, a été racontée dans les Conversations de Goethe avec Eckermann. À partir de ces confidences, Jean-Yves Masson imagine une « autre histoire », un évènement souterrain, resté secret : un projet de reconstruction du théâtre et d’une représentation de La flûte enchantée de Mozart. Au-delà de cet épisode, c’est toute une époque qui est dépeinte, à petites touches évocatrices, par des citations, des noms, et des commentaires d’œuvre. Érudits, les personnages se lisent, assistent à leurs pièces respectives ou admirent les œuvres des uns et des autres ; l’art est omniprésent à Weimar et dans la vie de Goethe. En douceur, le lecteur y est immergé lui aussi et comprend, grâce à ce contexte, l’importance qu’a pu revêtir l’incendie du théâtre de Weimar.

C’est à la plume d’un Anglais de passage, devenu ami d’Eckermann et témoin de ces quelques mois d’effervescence, que Jean-Yves Masson confie la narration de cet épisode. L’écriture est celle d’un journal, exprimant les souvenirs et sentiments de Doolan, à la première personne ; un récit pour soi, avant tout, tout en s’attendant à être lu. Conforme à ce qu’on pourrait attendre d’un homme du XIXe siècle, le style est élégant et raffiné, se lit avec beaucoup de plaisir.

Un roman hommage à un homme et à une époque très réussi.

L'incendie du théâtre de Weimar

L’incendie du théâtre de Weimar de Jean-Yves Masson

Verdier (Lagrasse), 2014 – 1re publication

10 commentaires:

  1. Je suis fascinée par Goethe, ce n'est pas un secret, et pourtant, comme tu le soulignes, ce que j'ai adoré dans ce récit, c'est la façon dont l'auteur nous entraîne dans cette époque et cette effervescence culturelle. Les pages sur " La flûte enchantée " m'ont impressionnées. Ravie de partager ce voyage :-)

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    1. Sans être passionnée par Goethe ou l'époque (que je connais assez mal, du côté allemand), j'ai vraiment été emmenée par l'auteur, sa fascination est communicative (et j'y reviens, quel style pour le faire...) J'ai en particulier aimé les pages de "commentaires" sur La flûte enchantée ou d'autres oeuvres, c'était passionnant.
      Ravie moi aussi d'avoir partagé, avec un peu de retard, ce voyage.

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  2. Je m'inquiétais, à lire ton billet, de la nécessité d'apprécier Goethe, voire de le vénérer, mais ta réponse à Marilyne me rassure. Je note, même si ce ne sera pas pour tout de suite (il est dans mes deux biblios !)
    Merci pour la découverte.

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    1. J'ai très peu lu Goethe et suis loin de la vénération, rassure-toi donc, ce n'est pas un préalable pour apprécier cette lecture. L'auteur parvient à intégrer subtilement les éléments de contexte nécessaires à la compréhension et m'a fait aimer Goethe à travers son récit.
      Bonne nouvelle pour les deux biblios !

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  3. J'aime beaucoup Jean-Yves Masson en tant que poète mais ne le connais pas encore comme romancier. J'ai hâte de le découvrir !

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    1. Je me rappelle que tu appréciais le poète, j'espère que tu apprécieras le prosateur autant que moi ! Je vais venir voir chez toi ce que ça donne sa poésie.

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  4. Ta réponse à Florence me rassure aussi, et si, comme tu l'expliques à Marilyne, il y a des commentaires sur a Flûte enchantée... je vais craquer ;-)

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    1. Je crois que ces passages te plairont beaucoup ! Ils sont très élogieux et intéressants.

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  5. Je me demande s'il est accessible, si on n'est pas spécialiste de la période ou de Goethe? Fait-il partie de ces fictions à clefs qui nécessitent d'avoir un bon bagage initial? J'adore l'idée de départ, il y a quelque chose de terriblement romanesque dans l'incendie d'un théâtre...

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    1. Je ne suis absolument pas spécialiste de la période, que je connais très peu, et ai peu lu Goethe, ce qui ne m'a pas empêchée d'apprécier beaucoup le roman. J'y ai peut-être manqué quelque chose, que des spécialistes y trouveraient, mais l'auteur entraîne vraiment dans sa fascination et distribue les clefs de lecture au fur et à mesure. Il ne donne pas une biographie de tous les artistes cités, mais donne à imaginer le foisonnement culturel de l'époque et la façon dont Goethe la domine. Pour moi, il est tout à fait accessible du point de vue du sujet.

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