Gioconda | Nìkos Kokàntzis

Les gens meurent seulement quand nous les oublions. Gioconda doit rester vivante aussi longtemps que je vivrai – et plus longtemps que moi. Vivante ainsi que je l’ai connue, s’épanouissant sous mes regards, mes caresses, mes baisers. [p. 84]
GIOCONDA est l’unique récit de Nìkos Kokàntzis, celui de son premier amour : un amour passionnel, partagé, (trop) brièvement vécu et sans doute idéalisé pour toutes ces raisons, ainsi que pour son issue tragique. Juive durant la Seconde guerre mondiale, la jeune fille et sa famille ont connu le sort de bien d’autres à la même époque, la déportation.

Ce contexte politique et la guerre sont omniprésents dans le récit, bien qu’en arrière-plan : les bombardements obligent à se réfugier dans les abris, les deux jeunes gens s’engagent dans la résistance, chacun à leur niveau, les soldats rôdent dans les rues, et les échos guerriers se devinent derrière de menus détails. Le danger est donc bien présent, outre les risques d’être surpris par leurs familles respectives, et exalte encore l’amour des deux jeunes gens. Comme eux, le lecteur aimerait oublier la guerre et ignorer l’issue du récit d’emblée annoncée, qui lui apporte une touche tragique indéniable. Par contraste et peut-être par idéalisation, leur amour paraît total, indestructible, et d’autant plus touchant qu’il sera trop bref, interrompu en pleine apogée.

Si la guerre gronde à l’arrière-plan du récit, l’avant-plan est consacré à l’histoire d’amour du narrateur et de Gioconda, en mémoire de celle-ci. Des premiers jeux de l’enfance à ceux de l’âge adulte, en passant par les regards gênés et furtifs, les baisers volés et les premiers attouchements, Nìkos Kokàntzis décrit toute l’évolution de cette relation, dans ses gradations, avec délicatesse, tendresse et une écriture du désir superbe. Plus allusif qu’expressif, il transmet avec pudeur et précision à la fois toute la sensualité de ces instants volés à la mort. L’extrait ci-dessous, s’il n’est pas représentatif de la ponctuation de l’ensemble, dit également toute l’urgence de ce désir contenu.
Nous nous roulions et nous tordions et nous tendions et nous collions l’un à l’autre et nous décollions pour nous regarder, nous nous attrapions nous embrassions bras mains bouts des doigts lèvres dents langues paupières, unis dans un délire sans fin, une lutte confuse, désespérée, vorace non pas seulement pour posséder l’autre, mais pour l’assimiler à soi. [p. 99]

Un magnifique récit et cri d’amour, par-delà le temps passé.

Gioconda - Kokantzis

Gioconda de Nìkos Kokàntzis, traduit du grec par Michel Volkovitch

Éditions de l’aube (La Tour d’Aigues), coll. Poche, 2002

1re publication (Grèce) : 1975
1re traduction française (Éditions de l’aube) : 1998

* Conseil de Moglug *

9 commentaires:

  1. Ah génial !! Je suis contente qu'il t'ait plu finalement !!

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    1. Mais oui, j'étais revenue te le dire en commentaire :) J'ai juste mis du temps à chroniquer ce coup de cœur, comme d'autres survenus pendant une période faste de lectures, mais pauvre du côté des articles.

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    2. En effet, tu me l'avais déjà dit mais j'ai une toute petite tête^^

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  2. Ah, mais je l'avais loupé chez Moglug ce titre-là ! Il m'attire sacrément !

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    1. J'espère qu'il te plaira autant qu'à nous ! Moglug avait été très convaincante. :)

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  3. il se déroule en Grèce le récit ? Ton billet est très beau, et cette histoire a quelque chose de tragique et de bouleversant, je le note (c'est la première fois que j'entends parler de cet auteur).

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    1. Oui, le récit se déroule bien en Grèce. Je suis contente de te tenter, il le mérite. Concernant l'auteur, puisque c'est son seul livre, il ne fait pas vraiment "l'actualité". J'en avais entendu parler lors de sa réédition (avec une autre couverture que celle de mon exemplaire), puis en début d'année chez Moglug, mais c'est à peu près tout.

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  4. Tu sais que je n'ai pas le fond d'écran que tu nous avais montré sur FB, aucun coquelicot ? ça vient de chez moi ?

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    1. Je n'ai pas touché au design de ce blog-ci, les coquelicots sont sur mes "Bavardages et futilités" (et ne donnent pas très bien sur mobile, si tu y passes).

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