Mémoires de l'abbé de Choisy habillé en femme

Vous m’ordonnez, Madame, d’écrire l’histoire de ma vie ; en vérité, vous n’y songez pas. Vous n’y verrez assurément ni villes prises ni batailles gagnées ; la politique n’y brillera pas plus que la guerre. Bagatelles, petits plaisirs, enfantillages, ne vous attendez pas à autre chose ; un naturel assez heureux, des inclinaisons douces, rien de noir dans l’esprit, joie partout, envie de plaire, passions vives, défauts dans un homme, vertus du beau sexe [p. 65]
MADAME LA COMTESSE DES BARRES ET MADAME DE SANCY sont deux noms adoptés par l’abbé de Choisy travesti en femme. Déguisé de la sorte par sa mère durant son enfance, notamment en compagnie du frère de Louis XIV, il a depuis gardé le plaisir de cette parure et de la comédie. Il explique l’attrait pour ce jeu de la façon suivante : l’être humain recherche naturellement l’amour de l’autre, qui naît de la beauté ; celle-ci est renforcée selon lui par les vêtements féminins, plus avantageux. Nulle homosexualité ne se mêle à ce travestissement, qui sert plutôt ses projets de séduction de jeunes filles, tout en trompant les familles.

En effet, sous le nom de la comtesse des Barres, l’abbé s’est installé dans une demeure de province, où il a trompé son entourage sur son sexe et joué cette comédie pendant quelques mois. En tant que madame de Sancy, il est en revanche à Paris, où sa véritable identité est connue et où chacun participe à son jeu en le traitant en femme. Dans les deux situations, le goût de la provocation se mêle à l’affection et à l’amour-propre : embrassements et attouchements publics des jeunes filles (les baisers sont forcément innocents, puisque féminins), déguisement de l’une d’elles en jeune homme, fausse célébration d’un mariage, etc. Plutôt que subversif, l’ensemble est ludique et joyeux.

De tels épisodes biographiques constituent d’excellentes bases pour un récit romanesque, mondain et plaisant, dans l’esprit du « bon ton ». Malheureusement, la narration m’a semblé terriblement factuelle, alignant les faits sans stylisation ni passion. Les évènements sont racontés comme les parures sont décrites, à l’exception de quelques passages mieux tournés dans la deuxième partie. Le style s’avère donc décevant sous le vernis de l’écriture du XVIIIe siècle, et ces Mémoires ne sont sauvés que par l’originalité de leur auteur.

Des récits à lire comme une curiosité du siècle.

Mémoires de l'abbé de Choisy habillé en femme
Mémoires de l’abbé de Choisy habillé en femme

Sillage (Paris), 2015

1re publication (posthume) de la première partie (Histoire de Madame la comtesse des Barres, à Madame la marquise de Lambert) : 1735
1re publication de la seconde partie (Histoire de Madame de Sancy) : 1839
1re publication des deux parties réunies (Aventures de l’abbé de Choisy habillé en femme) : 1862

* Projet non fiction *

2 commentaires:

  1. En effet, le point de départ aurait pu donner lieu à de savoureuses situations romanesques. Mais tout ce qui est classique n'est pas toujours de qualité, malheureusement.

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    1. Tout n'est pas devenu "classique", et on voit bien pourquoi... Ca ne m'empêchera pas de continuer à fouiner dans les seconds rayons, j'aime ces reflets d'une époque un peu différents. Manque de chance cette fois, j'espère mieux piocher la prochaine.

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