Lettres galantes de Madame **** | Anne Ferrand

Le livre que je vous présente n’a point besoin ni d’épître ni de préface ; il suffit seulement de dire qu’il n’y a jamais eu d’histoire plus agréable ni de lettres plus galantes ; la personne qui les a composées a eu assez de réputation dans le monde pour faire connaître la délicatesse de son esprit. Je dirai en passant qu’elles ont été recueillies avec une exactitude très grande et je crois, ami lecteur, que vous ne serez pas fâché de lire ce que tant d’honnêtes gens ont trouvé charmant ; je puis assurer qu’elles sont très conformes aux originaux, y ayant apporté tout le soin qui pouvait s’y prendre : il n’y a rien du roman que le nom. C’est tout ce que j’ai pu faire pour votre satisfaction et la mienne. Adieu. [Au lecteur, p. 183]
DANS LA LIGNÉE DES LETTRES PORTUGAISES, les Lettres galantes de Madame **** forment un recueil monodique à tonalité mélancolique : si l’amour est la première préoccupation de l’épistolière, la jalousie, l’inquiétude et les doutes dominent dans sa correspondance adressée à l’amant. Les sentiments évoqués paraissent universels, tant le couple est peu caractérisé : tout juste sait-on que la famille de la jeune femme est hostile à cette relation et que la séparation sera ensuite renforcée par les missions à l’étranger de l’homme. La chronologie même semble effacée des lettres. De l’une à l’autre, il m’a semblé difficile de constituer une véritable histoire ; chaque missive se lit plutôt de façon indépendante, en tant qu’expression d’un sentiment amoureux.

L’intérêt de cette correspondance ne se situe pas, selon moi, dans ce sujet universel qu’est l’amour, ni dans cette approche mélancolique, mais bien dans le style, très ancré dans son époque. L’écriture est élégante, le vocabulaire recherché, parfois grandiloquent, et un certain « désordre » vient attester de la sincérité des sentiments.


Lettres galantes de Madame **** d’Anne Ferrand

Lettres portugaises, Lettres d’une Péruvienne et autres romans d’amour par lettres, édités par Bernard Bray et Isabelle Landy-Houillon, GF Flammarion (Paris), 1983

1re publication : 1691

3 commentaires:

  1. J'ai lu Les lettres portugaises l'année dernière et j'avais beaucoup aimé. Est-ce que tu saurais dire laquelle de deux correspondances tu préfères, s'il est possible de les comparer ? Je serais assez curieuse de découvrir aussi ces Lettres d'une péruvienne.

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    1. J'attendrai quant à moi quelques mois avant de lire les Lettres d'une péruvienne, il me semble qu'elles sont dans la même lignée mélancolique, et je sature vite de ce type d'écriture.

      J'ai préféré les Lettres portugaises à ces Lettres galantes, peut-être par leur brièveté et par la "nouveauté" lors de ma lecture. Le style de Guilleragues m'a davantage touchée, il allait à l'essentiel. Je pense malgré tout que ces Lettres galantes pourraient te plaire, elles sont dans le même ton que les Lettres portugaises, avec une situation similaire ; peut-être juste un peu moins de tragique, une épistolière qui n'est pas enfermée dans un couvent et qui semble plus lucide grâce à sa connaissance du "monde". Il y a quelque chose de plus terre à terre dans le recueil d'Anne Ferrand.

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    2. Merci, c'est tentant cette lucidité, j'irai voir ça à l'occasion^^

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