Lettres de Babet | Edme Boursault

Ami lecteur (car il faut appeler amis tous ceux de qui on attend des grâces), si la plupart des lettres que tu trouveras dans ce livre te touchaient comme elles m’ont touché, tu prendrais autant de plaisir à les lire que j’en ai autrefois eu de les recevoir. La vérité est que je ne me souviens pas de jamais avoir rien vu de plus spirituel que la personne qui me les écrivait : la passion que j’ai eue pour elle, et qui a peut-être contribué à me faire admirer tout ce qui en venait, ne m’a pas si fort aveuglé qu’elle ne m’ait du moins laissé le discernement libre ; et selon moi, il n’y a jamais eu de style plus aisé ni d’expression plus nette.[Extrait de la Préface qu’on lira si l’on veut, p. 107]
LES LETTRES DE BABET et de son amant forment un roman à deux voix plutôt plaisant. La tonalité y est assez joyeuse, parfois légèrement moqueuse, en dépit de quelques notes plus sombres. L’amour des deux amants est rapidement déclaré, sans que Babet n’en fasse un drame, contrairement à d’autres personnages féminins de la même époque, comme la religieuse des Lettres portugaises pour ne citer que cet exemple. Le quotidien d’un couple séparé s’exprime ensuite dans la correspondance : entre les rendez-vous, les baisers volés, les souvenirs tendres et les occasions manquées, la jalousie trouve également sa place et donne lieu à de nouvelles déclarations amoureuses. La seule ombre de ce tableau presque idyllique est le refus paternel d’accorder sa fille à l’amant et son choix d’un autre mari. Celui-ci, moins spirituel, fait l’objet de moqueries, dans le même esprit de gaie complicité entre les amants. Tous deux cultivés et amateurs d’art, ils font allusion à d’autres auteurs du temps, notamment à l’occasion de rendez-vous au théâtre.

La préface critique ne se prononce pas sur l’authenticité déclarée de ces lettres et renvoie à un article d’Arnaldo Pizzorusso*. Personnellement, sans avoir étudié la question et en m’appuyant sur le caractère quotidien de la correspondance, j’ai pour une fois envie de croire à ces amants si enjoués et à leur bonheur, le temps de ces quelques lettres.

Une correspondance amoureuse plaisante et enjouée.

* PIZZORUSSO Arnaldo, « Boursault et le roman par lettres », dans la Revue d’histoire littéraire de la France, mai-août 1969, p. 525-539.

Lettres de Babet et autres romans

Lettres de Babet d’Edme Boursault

Lettres portugaises, Lettres d’une Péruvienne et autres romans d’amour par lettres, édités par Bernard Bray et Isabelle Landy-Houillon, GF Flammarion (Paris), 1983

1re publication (dans le recueil Lettres de respect, d’obligation et d’amour) : 1669

4 commentaires:

  1. Mais oui, un peu d'optimisme dans ce monde de brutes ! Et bon retour chez toi, Mina ! Ton Salon manquait à ma petite blogosphère littéraire :)

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    1. Disons que l'optimisme n'a pas suffi dans ce roman-ci pour les amants, mais m'a fait plaisir à lire. Merci pour ce message de bon retour, je suis contente de te retrouver. :)

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  2. Je goûte particulièrement le début de ton extrait... ;-)

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    1. Un tantinet manipulateur, Boursault, n'est-ce pas ? ;)

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