Le train des enfants | Yves Caldor

L’auteur de ces pages n’a pas voulu écrire sa propre biographie ; mais retracer une histoire d’exil, en partie commune à tous les exilés […] Voici une histoire d’exil, elle ne se veut ni exemplaire ni extraordinaire. Simplement humaine. Ce qui n’est déjà pas si banal… [p. 9]
DE LA HONGRIE À LA FRANCE ET À LA BELGIQUE, de villes en campagnes, et inversement, Yves Caldor narre le parcours de Nicolas-Miklós, né en Hongrie d’un père magyar et d’une mère française. Son double prénom, employé fréquemment au début du roman, signale d’emblée sa double appartenance linguistique, celle qui le différenciait déjà des autres enfants. « Étranger », il le sera encore lors de ses exils et départs successifs : pour fuir la révolution de 1956, en suivant ses parents lors de leurs nombreux déménagements en France, puis en rejoignant sa mère et son nouveau mari en Belgique. Excepté lors de quelques remarques, rarement mentionnées dans le récit, le jeune Miklós ne semble pourtant pas ressentir un sentiment d’exil et en souffrir. Ces pensées viennent bien plus tard, avec l’âge adulte, ainsi que le statut de père. Sans doute l’idée de l’héritage laissé à ses enfants amène-t-il la question de ses propres racines. En parallèle, se poursuit la recherche d’un lieu qui pourrait être sien, duquel il pourrait dire qu’il est « son pays ».
Les années passent. Est-il belge, français, hongrois ? Est-ce que cette question peut trouver réponse ? [p. 48]

Si l’histoire, ainsi qu’annoncé dès les premières pages, ressemble à bien d’autres romans et récits d’exil, à quelques « détails » près, sa particularité tient dans sa narration évolutive. Bien qu’à la troisième personne, le style adopté est d’abord celui d’un enfant, avec des phrases courtes, plutôt simples, de même que le point de vue narratif : les épisodes racontés sont ceux qu’aurait retenus un enfant, et le lecteur est placé dans la même situation d’incompréhension que lui, tout en faisant le lien avec l’Histoire hongroise en fonction des dates. Par la suite, avec l’âge, le regard se fait plus clairvoyant, et le style se complexifie, devient plus élaboré et plaisant pour moi. Intercalés entre les épisodes narratifs à la troisième personne du singulier, des extraits du journal de Miklós adulte, à la première personne, apportent un versant plus réflexif et un regard distancié sur celui qu’il était.

Un roman d’un exil et d’une façon de vivre avec cet héritage.

Le train des enfants - Yves Caldor

Le train des enfants d’Yves Caldor

MEO (Bruxelles), 2015 – 2e édition revue et augmentée

1re publication (Bernard Gilson) : 2001

* SP reçu de l’éditeur *

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