Une journée avec Monsieur Jules | Diane Broeckhoven

Ils la consoleraient avant qu’elle ne se soit consolée elle-même. Alice n’en avait pas la force. Pas encore. Elle devait dire adieu à Jules avant de pouvoir le laisser partir. Elle voulait lui parler en tête à tête, lui raconter tout ce qu’il devait encore savoir. [p. 39]
LA JOURNÉE AVEC MONSIEUR JULES avait débuté comme à l’accoutumée : Alice se prélassait encore un peu au lit, tandis que son époux préparait le petit-déjeuner. Lorsqu’elle est descendue, il regardait la neige tomber ; du moins est-ce ce qu’elle pensait, avant de se rendre compte qu’il était mort, assis dans son fauteuil. Débute alors le récit d’une journée particulière, pendant laquelle Alice tentera d’apprivoiser sa nouvelle vie et le jeune voisin autiste dont elle a la garde. Entre habitudes et gestes inédits à improviser, elle choisit de passer une dernière journée avec son mari, de prendre le temps de se consoler elle-même avant d’avertir son fils et les pompes funèbres.

Diane Broeckhoven aborde ce sujet du deuil avec beaucoup de délicatesse et de tendresse envers ses personnages, comme enveloppés d’une aura protectrice, à l’abri des intrusions extérieures. Les rancœurs ne sont pas absentes, même en ces derniers instants, mais ils sont ceux du pardon, l’occasion d’exprimer les vieux souvenirs pour mieux les laisser partir. Les émotions affleurent à chaque page, sans jamais tirer de larmes. L’auteure a eu l’intelligence de ne pas surcharger de tristesse un sujet qui se suffit à lui-même et de le traiter avec sobriété, un brin d’autodérision parfois, un peu de colère, surtout beaucoup de tendresse et de tact dans chaque étape du récit.
« Tu me manqueras, Jules, dit-elle. Tout sera différent. Et pourtant, je trouve plus facile de t’abandonner à la mort qu’à la vie. Je préfère te voir disparaître de mon existence main dans la main avec un ange diaphane qu’avec une femme de chair et de sang. » [p. 65]

Une journée avec Monsieur Jules

Une journée avec Monsieur Jules de Diane Broeckhoven, traduit du néerlandais par Marie Hooghe

NiL (Paris), 2011 – 1re traduction française

1re publication (Belgique) : 2001

Également disponible dans l’édition de poche 10|18

* Conseil de Laeti *
* Le mois belge d’A
nne et Mina *

10 commentaires:

  1. Quel joli souvenir de lecture ! Prendre le temps de laisser partir quelqu'un avant d'être envahi par les "corvées" autour du deuil. Prendre le temps, une denrée presque luxueuse de nos jours.

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    1. Ca restera un joli souvenir de lecture pour moi aussi :) Et comme tu as (malheureusement) raison sur ce luxe de "prendre le temps"...

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  2. J'ai énormément aimé ce petit livre, qui nous réserve quelques surprises et un ton original.

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    1. Je l'ai aimé pour les mêmes raisons, ne m'attendais pas à ce déroulement de la journée.

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  3. Oh oui, un très beau roman!! Finalement, une dernière journée, seul, avec l'être aimé, est un précieux cadeau qu'on aimerait tous avoir!

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    1. Merci encore de m'avoir incitée à le découvrir !

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  4. Décidément, que de deuil dans ce mois belge ! Il va falloir égayer tout ça !

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    1. Je ne risque pas d'égayer la suite, mais ma petite série à la mer avec Anne n'était pas si endeuillée pourtant. ;)

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    2. somaja12/4/15

      Ce que tu dis de l'écriture me fait dire que ce roman me plaira sûrement. Encore un de noté !

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    3. Je suis contente de te tenter, c'est un très beau roman, qui mérite d'être découvert.

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