La nuit je cherche l'eau | Anne de Roo & Dominique Van den Bergh

La nuit. La nuit, je n’ai famille ni mari. La nuit,
je n’ai d’amis que les dalles fraîches et la rosée.
La nuit, je n’aime. Ni ne hais. Je ne parle.
Ni ne ris. Ne gronde personne.
La nuit, je n’ai corset ni bas.
La nuit, je suis.

[Anne De Roo]
LA NUIT JE CHERCHE L’EAU est une suite de proses poétiques et narratives telles que celle-ci ; une série d’observations de soi et de son intérieur pendant cette période particulière qu’est la nuit. La narratrice, détachée de ses rôles sociaux diurnes, est à l’écoute d’elle-même. Les sens se développent différemment et prennent le dessus sur la vue : « La nuit, je ne vois pas et c’est bien. La matière me suffit. » Les priorités changent donc, ce qui importait n’est plus qu’un détail parmi d’autres, à ordonner et à contempler.

Plus encore qu’aux pensées, une grande attention est accordée à l’anatomie, évoquée par fragments, comme une série de blasons : les oreilles, le ventre et les entrailles, les jambes et les seins, ainsi que l’eau produite par le corps : larmes, pisse, secrétions vaginales. Par cette dialectique entre l’intérieur et l’extérieur corporel, Anne De Roo crée une poésie scatologique et sensuelle étonnamment délicate ; une évocation du corps féminin naturel, sans idéalisation ni exagération.

Illustration de Dominique Van den Bergh
D. Van den Bergh
Cette poésie est accompagnée de dessins de Dominique Van den Bergh, aux traits fins et délicats, d’une grande précision. Là encore, le corps est représenté par détails : un visage, l’esquisse d’un geste ; ou des figures féminines aux mains noircies (rougies ?) Davantage que la poésie, j’ai aimé ces dessins si évocateurs.

NOTE | Quelques jours au bord de l’eau : c’est avec deux titres d’Esperluète* qu’Anne et moi inaugurons une petite thématique autour de l’eau, plus particulièrement autour de la Côte belge pour Anne qui a choisi Costa Belgica de Geneviève Casterman. Sans le savoir, Marilyne s'est accordée avec nous en présentant Rouge au bord du fleuve de Corinne Hoex.

* La maison d’édition Esperluète, que j’invite à découvrir jusqu’en octobre de cette année, sera à nouveau à l’honneur entre le 13 et le 17 avril, à l’occasion d’une petite semaine éditoriale spéciale ; toute lecture sera la bienvenue pour m’accompagner dans ce projet.

La nuit je cherche l'eau

La nuit je cherche l’eau d’Anne De Roo (textes) et Dominique Van den Bergh (dessins)

Esperluète (Noville), coll. Cahiers, 2012 – 1re publication

* A la découverte d’Esperluète *
* Le mois belge d’Anne et Mina *

6 commentaires:

  1. Que j'aime ce titre, déjà... Et voilà encore un petit livre précieux au compte d'Esperluète, comme le mien ce matin. Tu sais que je serai là pour au moins deux titres la semaine prochaine ;-)

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    1. Un titre qui m'a d'emblée attirée aussi :) Il y a décidément beaucoup de trésors chez Esperluète, je file découvrir le tien.

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  2. C'est un vrai petit bonheur pour moi que ce mois belge, car je découvre des auteurs inconnus, aux sonorités qui me plaisent bien ! Je vais regarder ce que je trouve de cette maison d'édition, histoire de ne pas faire appel uniquement à mes classiques !

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    1. Tant mieux, c'est l'objectif de ce mois belge ! J'aime beaucoup ce que fait Esperluète, il y a vraiment moyen de trouver son bonheur dans leur catalogue, surtout pour les amateurs de poésie.

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  3. Je vais parler d'un Esperluète qui m'a beaucoup plu cette semaine!

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    1. Ah je suis contente qu'il t'ait plu ! J'ai hâte de te lire !

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