Ce qu'on oublie | Annick Ghijzelings & Anne Leloup

CE QU’ON OUBLIE est le troisième souvenir de la série inaugurée par Le jardin, associant Annick Ghijzelings et Anne Leloup*. Si la mélancolie affleurait dans le premier titre, elle se déploie tout à fait dans ce dernier volume, avec une pointe d’agressivité. Il est des souvenirs qu’il n’est en effet pas toujours bon de raviver, qu’on cherche à oublier en les enfouissant dans les tréfonds de sa mémoire.
Il arrive que la mémoire soit malhonnête, ou qu’elle se trompe, ou qu’elle mente. Il arrive que la mémoire pleure, comme pour oublier, comme si c’était possible. [Citation en exergue, p. 2]
Cela débute pourtant joliment, par une promenade de fin d’été au cimetière. Le silence règne, et la pensée de la mort n’est pas si loin, mais on presse le pas, puis l’oublie une fois rentrés. La narration en « on » et les phrases courtes, presque comme des injonctions, incluent le lecteur dans ce souvenir, l’invitent à s’y glisser, de façon semblable aux exercices de relaxation. La révélation en fin de deuxième partie intervient alors d’autant plus brutalement, brisant l’atmosphère apaisante, « qui ressemble beaucoup à du bonheur. À s’y méprendre. » [p. 13] Le « on » prend un autre sens, celui d’une distanciation par rapport à un souvenir oublié et raconté par un autre : il s’agit de soi, sans que l’on se sente concerné.

Illustration d'Anne Leloup
p. 10

Ce souvenir oublié et poignant est illustré par des « tâches » de couleur d’Anne Leloup, plus diversifiées que dans Le jardin : le noir est toujours présent, surmontant parfois du jaune pâle ou se mêlant au bleu. À une exception près, toutes sont très abstraites et continuent à m’échapper ; l’une des plus simples, composées uniquement de deux lignes, me semble plus explicite et renforce le drame narré par Annick Ghijzelings.

Et maintenant que je l’ai dit, plus une seule fois je ne dirai que c’était beau. [p. 17]

* NOTE : le souvenir deux, Et elle, est malheureusement épuisé. Les souvenirs un et trois peuvent néanmoins se lire de façon indépendante, chacun constituant un récit isolé.

Ce qu'on oublie - Ghijzelings et Leloup

Ce qu’on oublie. Souvenir trois d’Annick Ghijzelings (nouvelle) et Anne Leloup (lithographies)

Esperluète (Noville), coll. Cahiers, 2002 – 1re publication


* À la découverte d’Esperluète *
* Le mois belge d’Anne et Mina *

4 commentaires:

  1. Je ne sais que dire, à part que ton billet me fait bien envie. Si je compare avec notre titre pour mercredi, je vois qu'Anne Leloup varie sa facture tout en restant dans le registre abstrait.

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    1. Je crois que tu retrouveras ces variations d'Anne Leloup dans notre titre de mercredi, c'est en tout cas mon sentiment à chaque partie. Pour ce titre-ci, il est très beau et à ta disposition si tu le souhaites.

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  2. Il est drôlement beau ton billet, et j'adore le titre. Je trouve ça complètement décalé ce principe d'illustrer avec des lithographies à ce point peu figuratives.
    "que la mémoire pleure pour oublier", je trouve ça très poignant.
    Y-a-t-il une histoire ou bien sont-ce des réflexions éparses ? (avec le "on" et ce que tu dis, j'ai du mal à citer le type de narration)

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    1. Merci Galéa :) C'est une histoire, qui suit le cours des pensées de la narratrice et le fil des souvenirs qu'elle retrouve peu à peu. La narration est assez poétique et peut donner ce sentiment d'épars, mais c'est bien une histoire unique (et très courte, le cahier fait une petite dizaine de pages).
      Les œuvres d'Anne Leloup sont souvent abstraites, tu peux en retrouver dans d'autres publications d'Esperluète. Même quand ce sont des dessins plus figuratifs, il y rarement un rapport d'illustration entre le texte et l'image, ils sont comme indépendants l'un de l'autre.

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