Casanova, l'homme qui aimait vraiment les femmes | Lydia Flem

INSPIRÉE PAR L’HISTOIRE DE MA VIE, Lydia Flem a dressé dans cette biographie un portrait psychologique de Casanova. Pour ce faire, elle a privilégié une présentation thématique à une chronologie stricte, n’hésitant pas à user des retours en arrière et, malheureusement, à répéter la narration de certains épisodes. Un premier portrait du vieux Casanova dans son « dernier château » est ainsi tracé en guise d’introduction et annonce déjà maints thèmes qui suivront : l’enfance à Venise, silencieuse, solitaire et loin de ses parents comédiens ; le « lever de rideau » ou les premiers émois adolescents ; les « ruses de la volupté » et autres séductions pour aboutir aux « jardins d’amour » féminins, en reprenant quelques passages fameux des Mémoires du séducteur ; la vie mondaine et les voyages d’un homme de cour ; puis le corps qui vieillit, ne répond plus toujours aux envies et aux injonctions de l’esprit ; enfin, le « bonheur retrouvé » en philosophe et en écrivain, grâce à l’écriture, qui fait l’objet du dernier chapitre et de l’épilogue*. Ce travail d’écrivain du souvenir traversait déjà en filigrane les parties précédentes de la biographie, tant par des allusions que par des extraits de ses Mémoires. Il est vrai que c’est un aspect de la vie de Casanova souvent oublié, dont on sait surtout qu’il fut un grand séducteur, mais Lydia Flem m’a agacée en le répétant si souvent, ainsi que par un sentiment de redite entre l’introduction et la conclusion (un écueil universitaire qu’elle n’a pas su éviter sans doute).

Il sera comme [sa mère], léger, léger, et dissipé. Absolument sincère et tout à fait inconstant. L’amour est un jeu, l’amour est une fête. La vie est un théâtre, une comédie, il suffit de bien la jouer. [p. 56]
Outre l’écriture, un autre thème revient de façon récurrente dans l’ouvrage et témoigne par son traitement de la formation en psychologie de Lydia Flem : l’influence de l’enfance sur la personnalité de Casanova tout au long de sa vie. L’épisode de la sorcière de Murano – qui le sort de son mutisme, de son apathie, et le fait en quelque sorte naître une seconde fois, en éveillant ses sens – est par exemple narré plusieurs fois et présenté comme la cause de traits de caractère tels que la sensualité, l’attention à son propre corps et l’attirance pour celui des femmes. Plus encore, le couple formé par ses parents semble l’avoir fortement influencé. Sa mère lui apparaît comme toute-puissante et idéale, un modèle de vie exceptionnelle dont il doit se montrer digne pour attirer son regard : il cherchera donc toujours à être au centre de l’attention, à se montrer brillant, élégant et spirituel. Pour plaire, il joue sa vie et la raconte, tel un acteur sur la scène du monde. Son père, en revanche, est à ses yeux faible, puis rapidement disparu ; Casanova cherchera alors d’autres modèles paternels, tout en conservant cette vision du féminin et du masculin dans ses propres relations amoureuses. Il gardera également l’envie de transgresser l’autorité (politique, sociale) représentée par la figure paternelle.

Un portrait psychologique d’après les Mémoires de Casanova.

* NOTE : l’épilogue a été ajouté lors de la réédition aux éditions Points et avait déjà été publié précédemment en tant qu’article dans les actes de colloque Casanova : un Européen au siècle des Lumières.

Casanova - Lydia Flem

Casanova, l’homme qui aimait vraiment les femmes de Lydia Flem

Points (Paris), coll. Essais, 2011 – 2e édition augmentée (épilogue)

1re publication (Le Seuil) : 1995

* Le mois belge d’Anne et Mina *
* Projet non fiction *

4 commentaires:

  1. Le voilà donc, ce Casanova, tu l'as maté ;-) Je ne sais si j'apprécierais qu'on me répète plusieurs fois les mêmes épisodes, même si j'ai tout à apprendre sur le personnage.

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    1. Oui, il a fallu le temps, mais j'en suis venue à bout (en survolant l'épilogue, c'est vrai, mais je l'avais déjà lu !) A part ces répétitions, le style est assez vif, ça pourrait peut-être t'intéresser si tu as un jour envie d'en savoir plus.

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  2. Lydia Flem...Si j'avais su qu'elle était belge, je m'y serais prise plus tôt pour la mettre dans ce moi belge...

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    1. Le prochain alors ? J'avais pensé présenter ce livre plus tôt, mais il y a eu des contretemps (et de l'agacement).

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