Les épines de la Couronne | Hugo Lejeune

À TRAVERS LE DESTIN de Jean Cavalier, Hugo Lejeune entraîne son lecteur au cœur des camisades du XVIIe siècle, dans les Cévennes. Usés par les persécutions infligées aux protestants et aux « nouveaux convertis », parfois élevés entre deux fois – catholique et protestante, officielle et officieuse – après la révocation de l’édit de Nantes, de jeunes gens vont prendre la parole et les armes pour défendre leur liberté. Jean Cavalier est l’un d’eux, un de ces chefs inspirés, considéré comme un prophète en raison de ses rêves et des paroles prononcées dans son sommeil. Au nom de Dieu et de la liberté de croyance, lui et ses compagnons brûleront églises et prêtres, riposteront aux persécutions par d’autres tortures et attaques de villages ; les massacres répondent aux massacres, les morts aux morts, dans chacun des deux camps, en invoquant le même dieu. Cette cruauté réciproque est mise en scène par Hugo Lejeune sans jugement, que ce soit à l’égard des catholiques ou des protestants. Leurs exactions sont mentionnées avec la même crudité stylistique, mais sans surenchère dans l’horreur.

Bien que le fil rouge du roman soit le parcours de Jean Cavalier, depuis son départ en exil à Genève jusqu’à sa dernière bataille, Hugo Lejeune m’a paru s’attacher à dépeindre une époque, davantage que son personnage. Hormis quelques faits biographiques expliquant l’évolution de son caractère, celui-ci est peu approfondi. Les faits historiques prennent ainsi le pas sur les protagonistes qui les initient, de même que la cause religieuse défendue importe davantage que les destins individuels. Pour cette raison et sans doute parce qu’il s’appuie sur des sources bien documentées, Les épines de la Couronne est pour moi presque une reconstitution historique plutôt qu’un roman. La part romanesque et fictive me semble en effet minime ; le travail d’écrivain est à chercher dans le style, et non dans le fond. De ce point de vue, Hugo Lejeune satisfait son lecteur avec une écriture riche en dialogues et en scènes de bataille fort bien narrées.

Une reconstitution des camisades protestantes au XVIIe siècle.

Les épines de la couronne - Hugo Lejeune

Les épines de la Couronne d’Hugo Lejeune

Luce Wilquin (Avin), coll. Sméraldine, 2012 – 1re publication

8 commentaires:

  1. Tu t'en doutes encore une fois, un sujet très peu pour moi! Je suis heureuse que tu aies tant apprécié ces deux dernières lectures Luce Wilquin! Bises

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    1. Je m'en doutais, oui, et ce roman-ci me semble encore moins pour toi que le précédent (beaucoup plus sombre). Deux lectures très différentes et plaisantes.
      Bises.

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  2. Il m'intéresse beaucoup pour ma part ! Le cadre historique et la thématique m'accrocheraient bien, je crois.

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    1. Je pense aussi qu'il te plairait, il se laisse lire agréablement, malgré son sujet et le traitement assez sombres.

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  3. Le sujet ne me déplairait pas, a priori, mais il faudrait voir ce que donne le style, du coup. C'est sans doute ce qui me déterminerait à lire ou non ce roman. Le site de la maison d'édition propose-t-il les premières pages à la lecture ?

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    1. Oui, tu peux lire le début sur le site de Luce Wilquin, en suivant le lien sur ma photo. Tu me diras si le style te semble convaincant ?

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  4. Je suppose qu'il s'agit de ce roman historique dont tu me parlais dans ton commentaire. Tu sais que j'ai enseigné les guerres de religion, c'est un sujet qui me touche beaucoup et c'est vrai ce que tu dis, au XVII c'est déferlement de violence en surenchère, et particulièrement dans les Cévennes. Mais je suis moins tentée que le précédent, parce que la reconstitution historique m'intéresse moins qu'un roman historique. Quand il ne s'agit pas d'ouvrage historique pur, j'ai vraiment besoin de romanesque, je pense que cela ma manquerait ici...
    Bon dimanche Mina

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    1. C'est bien de ce roman dont je te parlais, merci d'être revenue laisser un mot à son sujet. Je crois qu'il manquerait en effet de romanesque pour toi, en tout cas je l'ai ressenti de cette façon en le lisant, surtout en comparaison avec Dans le bleu de ses silences. Si tu connais en plus bien les guerres de religion (j'aurais aimé assister à des cours à ce sujet, ça m'aurait intéressée), ça ne devrait pas t'apporter grand-chose d'un point de vue historique.
      Bon dimanche, Galéa.

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