La Mendiante | Drazen Katunaric

LE ROMAN de Dražen Katunarić débute par une errance dans la ville de Zagreb, à la recherche d’une mystérieuse mendiante et guidé par « l’œil ». Le lecteur découvre ainsi les rues et la campagne environnante à travers le regard du narrateur, ses sonorités étrangères (le mont Letincic, l’église de Sestine, les villes de Mlinovi et de Pantovcak, ou encore la maison Lubenjak), les accents des habitants, ainsi que ses odeurs et son relief. Malgré les souvenirs du personnage qui entrecoupent cette déambulation, il est difficile de le cerner, de comprendre pourquoi il recherche ainsi une mendiante pianiste.
Un piano. Des touches noires et blanches. Des doigts graciles et le jeu. Un prélude en La bémol majeur, qui me donne envie de voyager quelque part, peut-être en Pologne. Je rêvasse en écoutant la mélodie de Chopin à la lumière d’une chandelle. Aussi longtemps que possible. [p. 21]
Ce n’est que lors d’un retour dans son passé oublié, sous le signe de la musique de Chopin, que quelques réponses surgiront. L’une d’elles est la folie, qui semblait guetter un enfant fragile et incompris, puis un jeune garçon maladroit, et enfin gagner un homme confronté à la guerre. Tout comme Gogol dans le Journal d’un fou ou André Baillon dans Le perce-oreille du Luxembourg, Dražen Katunarić en livre une vision de l’intérieur par son récit à la première personne. En alternant les moments de lucidité et les délires, le narrateur entraîne le lecteur à sa suite, indécis quant au crédit à accorder à ces paroles ou à l’attitude à adopter face à un tel comportement. Comment s’attacher à ce nouvel Orphée, si cruel envers son Eurydice ? Quelle est la part des faits et celle de l’hallucination ? Sans tomber dans l’excès stylistique, l’auteur joue du décousu et du fragment pour exprimer les souvenirs de son fou, presque au point de le faire oublier, avant que le retour à l’errance initiale ne vienne semer le doute et laisser le lecteur seul avec ses questions.

Un roman de la folie, insidieux et déstabilisant.

La mendiante - Drazen Katunaric
La mendiante de Dražen Katunarić, traduit du croate par Gérard Adam

M.E.O. (Bruxelles), 2012 – 1re traduction française

1re publication (Croatie) : 2006


* SP reçu de l’éditeur *

12 commentaires:

  1. Pour le coup, tout ce que tu en dis m'attire ; c'est plutôt l'extrait qui ferait hésiter...

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    1. Tant mieux si je t'ai tentée. :) Pour l'extrait, je n'ai pas forcément choisi le plus représentatif, et tout le roman n'est pas aussi "fragmenté" dans ses phrases. En cliquant sur l'image, tu arriveras sur le site de l'éditeur et pourras lire un autre extrait, si ça peut t'aider à te fixer.

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  2. Je vais arrêter de lire tes chroniques : je me retrouve à emprunter plein de livres (que je lis) et je laisse tomber plein de belles choses qui attendent chez moi !! C'est tragique ! :D Celui-ci est aussi disponible à la BM de Lyon !!

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    1. Terrible et tragique, en effet (surtout que j'ai moi aussi envie de me laisser tenter chez toi, en sachant que nous semblons nous retrouver sur plusieurs lectures). La BM de Lyon semble en tout cas très riche, avec tous ces éditeurs belges, je t'envie. ;)

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    2. Oui, pour ça j'ai beaucoup de chance ! C'est rare de ne pas trouver un livre à Lyon^^

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    3. Rahhh la bonne époque où je bossais dans les BM de Lyon :( Le vide littéraire : voilà bien un inconvénient de ma cambrousse !

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    4. Tu y travaillais en tant que bibliothécaire ou pour des recherches ? Ce temps des études et ces journées passées à la bibliothèque me manquent parfois...

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    5. J'y travaillais comme bibliothécaire :) Je n'ai pas ailleurs jamais aimé travailler en bibliothèque pour mes recherches : ça manquait de possibilités de boire du thé et de fumer des clopes :D

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  3. Quelle lecture originale ! L'extrait me plaît bien, ce genre d'écriture ne me dérange pas.

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    1. J'avais été attirée par le recueil de nouvelles de l'auteur à Mon's Livre, puis c'est finalement la perspective d'une déambulation à Zagreb qui m'a décidée pour le roman. Je pense que tu y apprécieras le thème de la musique, très présent dans la vie du personnage et sa narration.

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  4. Gogol, Baillon, avec de telles références...

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    1. J'ai particulièrement pensé à Baillon pendant ma lecture, je pense qu'il y a des rapprochements intéressants à établir entre les deux.

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