Victoria Libourne | Françoise Houdart

Avait-elle bien conscience, à l’instant où elle quittait la maison de la gardienne, qu’elle avait commencé – toute seule, comme le soulignait Thérèse – à mettre en place la scénographie d’une fiction où l’illusion et le mensonge grimeront à tour de rôle le visage tourmenté de la réalité ? [p. 36] 
FRANÇOISE HOUDART entraîne son lecteur aux frontières du rêve et de la réalité, aux côtés d’une jeune femme fragile, en équilibre précaire sur le fil de sa vie. Jeune mère célibataire, en rupture avec sa mère et en manque d’une figure paternelle, Clémence – ou plutôt « Clem, un peu brusque sans doute, mais moins chargée des bons sentiments de [Clémence] et de la belle mine de [Clémentine] » [p. 13] – essaie d’oublier l’instabilité de son existence dans la construction d’une routine et dans sa relation fusionnelle avec son fils. Elle se réfugie dans les habitudes, auprès des lieux et des êtres habituels, en dépit d’un certain agacement parfois. Il suffira d’une rencontre, d’un petit papier trouvé dans une poche pour que tout bascule. 
Elle avance vers l’amont d’une histoire inachevée, à contre-sens du temps. Elle entre dans la photo de Bordeaux. Elle marche vers l’illusion d’un banc de bois où la silhouette floue d’un homme se dessine. [p. 69] 
À partir d’un nom, celui de Victoria Libourne, et de l’évocation d’un souvenir, Clémence débutera un voyage dans le passé d’un autre, avant de retrouver le sien. Elle affrontera ses démons, recherchera une femme aimée et disparue pour mieux se retrouver elle-même, à travers cette figure-miroir de soi. Elle ira jusqu’aux portes de la folie, ainsi que le laisse entrevoir la narration sous le prisme de ses proches. En effet, en passant du point de Clémence à celui de ses amis, progressivement et toujours à la troisième personne, Françoise Houdart révèle la part onirique de son récit et retrace une frontière avec ce qu’on appelle la « réalité ». 

Un roman touchant et accessible. 

Victoria Libourne - Françoise Houdart

Victoria Libourne de Françoise Houdart 

Luce Wilquin (Avin), coll. Sméraldine, 2014 – 1re publication

* SP reçu de l’éditeur *

9 commentaires:

  1. Je suis assez tentée en tous les cas par le pitch de départ...

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    1. Laisse-toi tenter alors. :) J'ai failli faire un article commun avec Lady Hunt, bien que l'ambiance soit différente.
      J'ai préféré un des romans précédents de l'auteure, mais je pense que celui-ci te plairait davantage, d'après ce que j'ai vu de tes lectures.

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  2. Malgré que tu l'aies moins aimé que La danse de l'abeille, je reste tentée mais sans urgence par ce nouveau roman de Françoise Houdart. Elle a une écriture qui me plaisait assez bien et je serai ravie de renouer avec elle.

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    1. Tant mieux si je t'ai tentée malgré la médiocrité de cet article et si tu restes attachée à l'auteure. Je compte encore la lire, mais feuilleter ses romans avant pour retrouver davantage le style de La danse de l'abeille.
      Je pense que le style te dérangera moins que moi et que tu apprécieras cette lecture, elle te correspondrait assez bien, même sans urgence.

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    2. Médiocrité de l'article?! Carrément! Tu es dure là :-) Il est très bien cet article, la preuve tu as déjà tenté deux personnes!!!!! Il y a une nouvelle qu'elle a écrite et qui est reprise dans le recueil "Nouvelles de Mons" que tu m'avais offert.
      Bises

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  3. Pas encore lu "La danse de l'abeille", un titre que j'avais noté mais perdu de vue, je commencerai donc par celui-là.

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    1. Je l'avais beaucoup aimé en tout cas, j'espère que ce sera aussi une belle lecture pour toi.

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  4. Heureusement qu'elle ne réécrit pas indéfiniment quelque chose comme La danse de l'abeille, on s'ennuierait... Je verrai plus tard, ce n'est pas urgent, mais j'y penserai sûrement !

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    1. Je n'attendais pas forcément une seconde Danse de l'abeille, mais au moins retrouver le style qui m'avait charmée. Ici, c'était beaucoup plus familier et banal à mes yeux, d'où la déception de ce côté-là. Je suis restée indifférente, à peine touchée.

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