Petite chronique du ridicule | Charles de Peyssonnel

L’histoire de cette joyeuse entreprise d’édition commence avec la lecture d’un volume de huit centimètres sur douze publié sans nom d’auteur en 1785 et portant un titre singulier : L’Antiradoteur ou le Petit Philosophe moderne. [Mario Pasa, p. 7]
GRÂCE à Mario Pasa, les écrits de Charles de Peyssonnel, « petit philosophe moderne » anonyme, ont été tirés de leur injuste oubli et partiellement restitués dans cette Petite chronique du ridicule. Suite à ses nombreux voyages, il était à même de porter un regard distancié et critique sur ses contemporains parisiens ; il le fait avec un sens de l’observation acéré, ainsi qu’avec l’ironie si commune au XVIIIe siècle. 

Des chroniques actuelles…

Dans sa sélection de chroniques et d’extraits, Mario Pasa a fait le choix des textes les plus « contemporains », dans lesquels les lecteurs actuels pourraient se retrouver : il est par exemple question de Paris et des Parisiens, des modes, de la consommation de café, de l’amour excessif des chiens, ou encore du goût pour les belles-lettres, entre autres. Certains ridicules pointés du doigt font sourire (plus ou moins franchement, selon l’identification qu’on y applique : soi ou les autres), tandis que quelques réflexions plus profondes qu’il n’y paraît au premier abord suscitent des questions. 
Dans une monarchie, la confusion des états est un grand mal : les grands, les hommes en place, les personnes constituées en dignités doivent éviter de donner, sous aucun prétexte, la moindre occasion aux petits de manquer au respect et à la considération due à leur rang et à leur personne : dès que l’on commence de confondre les personnes, on confond les idées. [p.103]
L’égalité voulue par la Révolution n’est pas encore au goût du jour, bien qu’on en devine les prémices… Charles de Peyssonnel prône plutôt à plusieurs reprises un équilibre, une certaine modération. Il convient à chacun de garder sa place, sans se rabaisser ou vouloir paraître plus grand qu’on ne l’est, et sans suivre les modes aveuglément. L’anglomanie est par exemple dénoncée : n’est pas anglais qui veut, et les Français du XVIIIe siècle se ridiculisaient en essayant d’imiter leurs voisins d’outre-Manche, sans en avoir les manières naturellement. 

… et marquées par leur époque


L’esprit modéré dont fait preuve l’auteur l’amène à nuancer ses propos et à les rendre moins légers que ne les annonce leur titre pour cette édition : sous couvert d’anecdotes et de dénonciation des ridicules, c’est une véritable réflexion sociale qui est amorcée. Celle-ci est, à ce titre, assez imprégnée par son époque et la structure monarchique encore en place. La conception des rapports humains reste par exemple très hiérarchisée et cloisonnée. 

D’autres anecdotes du recueil marquent leur appartenance classique par leur sujet, plutôt que par les idées qui y sont défendues. Il est en effet plus rare de croiser des courtisans empressés aujourd’hui ou de se faire annoncer lors d’une visite à un ami. Cette atmosphère désuète fait également partie du charme de ces chroniques à mes yeux, au même titre que le ton délicieusement ironique et pince-sans-rire de l’auteur. 
Jouissons [de nos avantages] tant qu’ils dureront ; tâchons de les perpétuer ; moquons-nous des embarras et des sueurs des antiquaires futurs, et rions d’avance des dissertations absurdes auxquelles nos modes donneront naissance dans les siècles à venir. [p. 135] 

Un recueil agréable et divertissant, 
qu’on y cherche nos propres ridicules ou ceux du XVIIIe siècle.


Petite chronique du ridicule - Charles de Peyssonnel
Petite chronique du ridicule. Les Français ont-ils changé depuis 1782 ? de Charles de Peyssonnel ; sélection de textes de Mario Pasa 

Payot et Rivages (Paris), coll. Petite bibliothèque Payot, 2010

1re publication (anonyme, sous le titre Les Numéros) : de 1782 à 1784

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