La petite maison | Jean-François de Bastide

AU XVIIIe siècle, une « petite maison » était une habitation des faubourgs parisiens, d’apparence modeste, destinée à accueillir ses maîtresses plus discrètement que dans sa maison de ville. Par la suite, ces résidences de passage sont devenues de plus en plus luxueuses et voyantes, à tel point qu’il était de bon ton de se vanter d’en posséder une : initialement cachettes, elles ont été transformées en signe de richesse et d’appartenance à un groupe social aisé. Très présentes dans la littérature libertine, elles servent souvent de cadre à une partie des intrigues, mais sont peu décrites. La nouvelle de Jean-François de Bastide est donc idéale pour les lecteurs contemporains, qui y trouveront une explication détaillée, grâce à la visite de Mélite :
Ils firent une gageure, et elle y alla (elle ne sçavoit pas ce que c’étoit que cette petite maison ; elle n’en connoissoit même aucune que de nom). Nul lieu dans Paris, ni dans l’Europe, n’est ni aussi galant ni aussi ingénieux. Il faut l’y suivre avec le marquis, et voir comment elle se tirera d’affaire avec lui. [p. 2]
Certainement amateur d’architecture et d’art, Jean-François de Bastide prend le temps de décrire chaque nouvelle pièce où entrent les personnages : toujours plus ingénieuses, luxueuses et luxurieuses, elles semblent l’œuvre des meilleurs artistes du temps réunis. Les noms de ces derniers ne sont plus guère connus du grand public, mais les notes de bas de page annoncent un certain prestige.

Outre cet hommage à des artistes admirés, la visite de la petite maison est avant tout le prétexte à une aventure libertine : le marquis de Trémicour souhaite séduire Mélite, qui lui résiste. Ne croyant pas à sa vertu, il la défie de venir dans sa petite maison, et le pari est ainsi lancé. La description architecturale se voit donc entrecoupée de regards, de soupirs, de railleries et des éléments propres à la séduction libertine. Tandis que l’issue de La nuit et le moment ou de Point de lendemain est évidente pour tout lecteur averti dès les premières lignes, celle de La Petite maison paraît plus incertaine. Jean-François de Bastide est parvenu à conserver du suspense, et j’ai partagé à plusieurs reprises l’impatience du marquis face aux reculs de Mélite : y aurait-il une chute à la fin de la nouvelle ?

Une agréable nouvelle libertine.

La petite maison - JF de Bastide

La petite maison de Jean-François de Bastide, extrait des Contes de M. de Bastide


Librairie des Bibliophiles (Paris), 1879

1re publication (en revue) : 1753
3e publication (dans les Contes) : 1763

4 commentaires:

  1. Je l'ai lu aussi mais je ne m'en souviens plus du tout je le découvrirai avec un oeil neuf le jour où je lirai à nouveau Bastide

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    1. Je ne le connaissais pas du tout personnellement et l'ai découvert grâce à Marilyne. Je l'oublierai sans doute à mon tour et aurai le plaisir de la relecture.

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  2. Cela semble charmant.

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    1. Ce texte l'est sans aucun doute ; moins à mes yeux que Point de lendemain, avec lequel il est édité en Folio, mais cela reste dans la même veine littéraire. Il reste très allusif, pas du tout cru.

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