Confession des genres | Emmanuelle Favier


EMMANUELLE FAVIER crée dans ce recueil de nouvelles un univers inquiétant, à la frontière du fantastique, où les êtres cherchent à dominer, s’aspirent, s’attirent et, parfois, se perdent. La sexualité devient une lutte, avec ses victoires et ses capitulations, ses pièges où l’autre tombe lorsque ce n’est pas soi-même qui s’y laisse prendre malgré soi. Franchement conquérant, insidieux, conscient ou non, plus ou moins violent, chacun des narrateurs a sa technique de séduction et son approche de la femme. Cette dernière n’est guère en reste et sait elle aussi se montrer rusée, dangereuse, voire toxique.
Elle a souri. Son premier sourire, en fait. Puis elle s’est penchée, et m’a embrassé longuement, jusqu’à ce qu’enfin je me dissolve, tout entier, dans le pouvoir toxique de son baiser. [Toxique, p. 50]
Bien que la tendresse se glisse parfois dans certains gestes, la violence domine donc dans ces représentations amoureuses. Elle semble généralement provenir d’un problème – une maladie ou un blocage psychologique – qui se manifeste de manière fantastique, par la réalisation littérale des métaphores usitées, dans les nouvelles les plus spectaculaires. D’autres textes abordent cet aspect par le lien entre le désir et l’écriture, fluctuant en fonction de ces paramètres réciproques : tandis que l’un se découvre une vocation d’écrivain grâce à la montée d’un désir inassouvi, un autre y perd son inspiration, par exemple.

L’ensemble de ces nouvelles a pour particularité d’être narrées à la première personne par un homme, dans un style très rythmé par une ponctuation abondante, qu’il doit être agréable d’écouter lire. Une question me reste néanmoins au terme de cette lecture : le pari d’une écriture masculine est-il réussi ou les hommes ressentent-ils la féminité de l’auteure dans ces nouvelles ? Ce style donne-t-il suffisamment « la sensation d’un retour à un rivage ferme » [Parasitage, p. 65] ?

Des nouvelles masculines et inquiétantes.

Confession des genres - Emmanuelle Favier

Confession des genres d’Emmanuelle Favier

Luce Wilquin (Avin), collection Euphémie, 2012 – 1re publication

2 commentaires:

  1. Ah bah finalement tu avais fait ton billet il y a déjà un bon moment (toujours à la bourre, moi).
    Ce que tu dis de ce livre me fait penser à La femme de papier de Françoise Rey. De ce fait, ça ne me donne pas envie.
    Y a-t-il vraiment une écriture masculine? Nous avons tous des sensibilités différentes et je ne suis pas sûre qu'hommes et femmes aient des modes de fonctionnement si opposés... ou du moins qu'ils auraient des modes de fonctionnement si opposés s'il n'y avait pas de conditionnement culturel.

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    1. Le billet était passé assez inaperçu (ou au moins laissé dans l'indifférence générale), tu ne dois pas être la seule à l'avoir raté. ;)
      J'ai été lire ton article sur La femme de papier : je crois qu'on peut en effet les rapprocher par l'ambiance assez triste, bien qu'il y ait peut-être aussi de l'humour grinçant, voire noir dans ce recueil (auquel je pense après coup et n'ai pas été sensible, mais je ne suis pas une référence).
      Pour l'écriture masculine, j'ai posé la question aussi bien que pour l'écriture féminine sur mon autre blog et n'ai pas encore trouvé "ma" réponse, bien que j'aurais tendance à te rejoindre sur ce conditionnement culturel qui pourrait induire une telle différence (bien plus que la biologie).

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